Au fil des événements  
 
 13 mars 2003

 Université Laval

Came et testostérone

Avec "Junk" d'André Morency, Les Treize proposent une descente très physique dans le monde des petits malfrats

Âmes sensibles s'abstenir. Les démêlés de Jack, le chauffeur de taxi, avec une bande de malfrats qui veulent lui faire la peau n'ont rien d'une bluette sentimentale. Junk, la pièce d'André Morency, plonge le spectateur dans le monde interlope des petits voyous, insultes, blagues grasses et répliques assassines comprises. Le décor à l'aspect garage et bar louche, ainsi que la mise en scène très physique de Marc Philippe Parent, alourdissent encore un peu plus l'atmosphère.

L'action démarre alors que Jack vient de se séparer de sa blonde et voit s'accumuler les dettes de drogue. Il accepte d'accomplir une commission pour des connaissances afin de renflouer ses finances.

Malheureusement, l'argent qu'on lui a remis disparaît, et ses employeurs le menacent de mort s'il ne leur rend pas leur dû. Jack n'a donc d'autre choix que de mener l'enquête pour sauver sa peau. "C'est monté comme un scénario de film avec un suspense, une intrigue, souligne le metteur en scène. On cherche avec Jack ce qui s'est passé, mais nous voulions éviter l'aspect grosse organisation criminelle comme dans Hochelaga ou Omertà. Junk se passe à un niveau au-dessous, dans le milieu des petits caïds."

"C'est une pièce très "mâle", renchérit Dominique Grenier, qui incarne une serveuse au caractère bien trempé. Ce monde-là n'a rien à voir avec l'ambiance dans laquelle nous vivons tous les jours." Les acteurs ont d'ailleurs dû se soumettre à un véritable entraînement physique pour plonger dans un univers où les claques et les baffes remplacent souvent la parole. Il leur a fallu chorégraphier les combats pour éviter de se blesser en recevant un coup de barre à clous, ou pour ne pas donner l'impression qu'ils attendaient une baffe imminente.

Le quartier de l'enfance
Pour donner toute sa consistance à Jack, le héros de la pièce, Éric Morasse a puisé dans ses souvenirs d'enfance de petit gars du bas de la ville. "J'ai un peu vécu la guerre des gangs dans Saint-Roch, explique-t-il. Tu t'habitues à voir des gens se faire une ligne de coke en écoutant une game de hockey, aux claques sur la gueule, aux engueulades. Il faut que tu fasses ta place quand tu viens de la basse-ville." Il remarque que dans la pièce, comme souvent dans la vie, les personnages ont beaucoup de mal à communiquer et semblent constamment sur la défensive. La moindre erreur d'interprétation sur les propos de l'autre tourne immédiatement à l'engueulade. "C'est un monde qui survit plutôt que de vivre", précise Dominique Grenier.

Le décor, imaginé par la scénographe Nathalie Fortin, joue d'ailleurs beaucoup sur cette impression de violence latente. Installé sur quatre niveaux différents, il comprend un coin garage, un coin bar sur fond de métal, d'échafaudage, de pièces de voitures. Un orchestre présent sur scène du début à la fin va d'ailleurs contribuer à alourdir le climat en interprétant des transitions musicales dans le plus pur style rock-garage. Bref, les spectateurs peuvent être assurés qu'ils changent complètement d'univers en tentant avec Jack de comprendre qui a subtilisé l'argent de la commission.

Junk
, à partir de ce soir, 13 mars, jusqu'au 16 mars à 20 h, à l'amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardin. Avec: Jean-Daniel Blouin, Amélie-Elsa Ferland-Raymond, Annie Gignac, Simon Girard, Olivier Grégoire, Dominique Grenier, Olivier Turcotte, Éric Morasse et Marc Philippe Parent. Billets à 8 $ en prévente, et 10 $ à l'entrée.

PASCALE GUÉRICOLAS