Au fil des événements
 

18 septembre 2003

   

Université Laval

Le loup dans l'homme

La nature nous a dotés d'un arsenal violent, mais nous ne sommes pas forcés de l'utiliser, plaide J. Martin Ramirez, un spécialiste de l'agression

Certains croient dur comme fer que l'agression et la violence sont inscrites dans nos gènes. D'autres déchireraient notre chemise sur la place publique pour nous convaincre que ces comportements sont le pur produit de l'environnement. Les plus conciliants empruntent la voie mitoyenne du 50-50. J. Martin Ramirez, lui, a une vision assez personnelle de l'affaire. "Le développement de l'agression dépend à 100 % de l'environnement... et à 100 % de l'hérédité", a déclaré le professeur de l'Université Complutense de Madrid, lors d'une conférence prononcée le 10 septembre sur le campus.

Vous l'aurez deviné, l'homme n'est pas mathématicien. Par contre, il est médecin, spécialiste du système nerveux et expert en comportements humains. De plus, son nom figure parmi les 20 sommités mondiales de l'étude de l'agression qui ont signé, le 16 mai 1986, la Déclaration de Séville sur la violence. Ce document, entériné trois ans plus tard par l'Unesco, rivait quelques clous dans le cercueil du populaire argumentaire de l'époque qui justifiait le recours aux guerres en raison du caractère inné de la violence et de l'agressivité chez l'homme.


"La même espèce qui a inventé la guerre est capable d'inventer la paix."


Dans ce document historique, J. Martin Ramirez et ses collègues clamaient haut et fort que nous n'avons pas hérité d'une nature guerrière des animaux dont nous descendons, que la guerre ou les autres comportements violents ne sont pas génétiquement inscrits dans la nature humaine, que la sélection naturelle n'a pas favorisé la survie des individus violents, que les humains n'ont pas un "cerveau violent", que la guerre n'est pas le résultat de notre instinct et que la biologie ne condamne pas l'humanité à la violence. "Nous avons la mécanique pour être agressif, mais ce n'est pas un automatisme, il n'y a rien dans notre neurophysiologie qui nous pousse à agir de façon violente", a calmement rappelé le professeur Ramirez à la trentaine de personnes venues l'entendre.

Après avoir patiemment passé en revue les arguments de toutes les écoles qui ont pris part au débat nature-culture sur la violence depuis un siècle, le professeur Ramirez a livré le fond de sa propre pensée. "Que chacun ait la possibilité d'être agressif n'implique pas qu'on doive l'être. Chacun de nous possède la capacité de créer un monde pacifique qui ouvre la porte à l'espoir."

D'ailleurs, la conclusion de la Déclaration de Séville est claire à ce propos. "Tout comme les guerres naissent dans l'esprit des hommes, la paix commence elle aussi dans notre esprit. La même espèce qui a inventé la guerre est capable d'inventer la paix. Cette responsabilité appartient à chacun de nous."

JEAN HAMANN