Au fil des événements
 

22 janvier 2004

   

Université Laval

Information, téléréalité et radio-poubelle

La qualité de l'information s'est accrue depuis une vingtaine d'années au Québec. Mais le milieu journalistique accuserait plusieurs faiblesses.

Nombre insuffisant d'enquêtes journalistiques, manque de créativité des dirigeants des réseaux de télévision, amincissement de la frontière entre la fiction et l'information, les critiques n'ont pas manqué, le 12 janvier dernier, lors du débat public qui s'est tenu au Musée de la civilisation dans le cadre de la série "Participe présent". Ce débat posait la question: les Québécois sont-ils mieux informés qu'il y a 20 ans? Les échanges ont été houleux et les prises de position mordantes chez les quatre invités de la journaliste Françoise Guénette, soit Guy Fournier, Florian Sauvageau, Philippe Lapointe et Benoît Dutrizac.

D'entrée de jeu, la plupart ont affirmé que la qualité de l'information s'était accrue depuis 20 ans, notamment en raison des codes de déontologie, de la professionnalisation du métier de journaliste et des moyens dont disposent aujourd'hui les salles de nouvelles. Malgré cela, tous s'accordent sur plusieurs faiblesses. Le vice-président information et affaires publiques au réseau TVA, Philippe Lapointe, a souligné la paresse intellectuelle qui règne dans le milieu et les trop rares enquêtes journalistiques. Quant à Guy Fournier, président de l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision, il a déploré le peu d'investissement en recherche des réseaux de télévision ainsi que le manque de créativité de leurs dirigeants. Benoît Dutrizac, coanimateur de l'émission les Francs-tireurs à Télé-Québec, a décrié la pauvreté des bulletins télévisés tout en critiquant vigoureusement les actualités de TVA et de TQS. "Nous n'entendons jamais parler d'environnement, de santé, d'éducation", s'est-il indigné. Pour sa part, Florian Sauvageau, professeur au Département d'information et de communication à l'Université Laval, a tenu à rappeler que le journal reste le meilleur média pour s'informer, compte tenu de ses ressources et de sa mission exclusive d'information. Quatre-vingts journalistes travaillent au Soleil contre 35 à TQS, a-t-il mentionné à titre d'exemple.

À l'ère de l'information spectacle
Sur la question de la concentration des médias, Florian Sauvageau et Benoît Dutrizac ont dit percevoir un conglomérat tel que Power Corporation comme une menace à la diversité des contenus et à la liberté de presse. Guy Fournier et Philippe Lapointe, eux, y voient plutôt un apport financier essentiel. "Si les journaux étaient indépendants, ils tireraient tous le diable par la queue comme Le Devoir", d'affirmer Guy Fournier. Quant à Florian Sauvageau, il a souligné à quel point la promotion croisée de Québecor (Journal de Montréal, TVA, Vidéotron) lui avait donné la force de frappe nécessaire pour faire de Star Académie le succès que l'on connaît.

Le professeur trouve aberrant qu'en avril dernier, le bulletin d'informations de TVA et le Journal de Montréal aient fait une large place au phénomène Star Académie au moment même où la guerre en Irak faisait rage et que se tenaient les élections provinciales. "On a perdu le sens profond des médias, outils premiers de la démocratie. Le Québec est malade de la télé et du vedettariat", a soutenu Florian Sauvageau. Benoît Dutrizac a renchéri en faisant remarquer que la frontière entre fiction et information devenait mince et qu'on assistait à une confusion des genres. Lorsque ce dernier s'en est pris à une émission comme Loft Story, Guy Fournier l'a accusé de mépriser les gens et a fait valoir que le phénomène de la téléréalité augurait la démocratisation de la télévision puisque désormais le téléspectateur avait voix au chapitre.

Le phénomène de la "radio-poubelle" a aussi été abordé et Dutrizac a souligné d'emblée l'ironie de tenir un débat sur les médias à Québec, là où un animateur comme André Arthur jouissait d'un large auditoire. Florian Sauvageau s'est demandé jusqu'où pouvait aller la liberté d'expression. Selon lui, la démagogie et la diffamation dont usent si souvent Arthur et Jeff Fillion ne méritent-elles pas qu'on les fasse taire?

ANNE-MARIE LAPOINTE