Au fil des événements
 

2 septembre 2004

   

Université Laval

Têtes à claques

La version de la série télévisée "Un gars, une fille" réalisée en France se distingue par des dialogues plus agressifs

par Renée Larochelle

Que faire pour que règne l'harmonie dans une relation amoureuse? Comment trouver sa place au sein du couple? Ces questions existentielles, adroitement exploitées par Guy A. Lepage dans la série télévisée québécoise Un gars, une fille, ont trouvé un écho très favorable en France où la série a été adaptée en fonction de la culture du pays. Ainsi, à l'instar de Sylvie et Guy, qui négocient perpétuellement leur place de gars et de fille au sein du couple, le tandem français formé d'Alexandra et Jean n'y va pas avec le dos de la cuiller dans le règlement des conflits. Toutefois, cette recherche d'équilibre s'effectue de manière plus agressive chez le couple européen qui affiche une tendance marquée à utiliser l'insulte et à hausser le ton quand le temps est à l'orage.

"Comme dans la vie réelle, l'emploi d'un ton menaçant est plus toléré dans la relation amoureuse des Français que dans celle des Québécois, constate Caroline Lacroix, qui s'est intéressée à la façon dont se construisaient les représentations de couple en France et au Québec. Pour les fins de son mémoire de maîtrise en communication publique, l'étudiante a analysé une cinquantaine de scènes provenant de la série télévisée québécoise et autant pour la série française, soit une centaine d'heures d'enregistrement. Elle y a relevé des différences culturelles assez marquées. Des exemples? Exaspéré par le soin que sa conjointe accorde aux travaux ménagers, Jean attaque en ces termes Alexandra: "Pouf, t'es maniaque toi, pauvre fille." Aux sports d'hiver, en ski: "On est les derniers sur la piste. T'es vraiment chiante." Alexandra n'y va pas de main morte non plus, reprochant à Jean d'avoir accepté une invitation sans lui en avoir parlé: "Ah maintenant, tu t'es mis dedans, tu te démerdes. C'est ton problème Loulou hein!"

Concilation 101
Au Québec, pour tenter de désamorcer un conflit, Guy et Sylvie vont généralement faire de l'humour, s'appeler par de petits noms ou se moquer gentiment l'un de l'autre. À Sylvie qui fait une contre-performance aux quilles, Guy pardonne candidement : "Oh, ça commence bien ma belle hein bravo, un beau dalot hein!" Ce qui n'empêche pas le couple québécois de s'interpeller parfois assez vertement en cas de mésentente:" Maudit que t'es plaurine toé. T'es tellement poche là!", lance Guy à l'adresse de Sylvie. "Ah arrête monsieur parfait", de répondre la "poche" en question. Sans compter l'emploi de certains surnoms portant fatalement atteinte à l'image de l'autre : qu'on pense à "Miss Technologie" et à "Janette Bertrand" pour Sylvie, et à "Ti-Jo Connaissant" et à "Fred Caillou" pour Guy.

Fait intéressant, les rapports de force seraient en quelque sorte plus équilibrés chez le couple français, l'homme et la femme ayant développé un degré de tolérance plus élevé lors des interactions conflictuelles, d'expliquer Caroline Lacroix. En d'autres termes, l'un et l'autre se savent capables d'en prendre, alors que le couple québécois se montrerait plus conciliant et plus enclin à arrondir les angles. "Au début de ma recherche, je pensais que c'était Sylvie qui se faisait manger la laine sur le dos, dit Caroline Lacroix. En cours de route, je me suis aperçue que c'était Guy qui écopait dans le couple. Une chose est certaine, ces différences culturelles ont le mérite de nous en apprendre sur nous-mêmes. À cet effet, le cas d'Un gars, une fille est exemplaire."