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16 septembre 2004

   

Université Laval

Phages à la page

Une nouvelle vie pour la collection de virus Félix-d'Hérelle

par Jean Hamann

Après être passée à deux doigts d'un démantèlement, la collection de virus Félix-d'Hérelle connaît des jours meilleurs. Le responsable de la collection, Sylvain Moineau, professeur du Département de biochimie et de microbiologie de la Faculté des sciences et de génie, vient d'obtenir 90 000 $ sur trois ans du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) pour maintenir ce centre de référence. Cette somme vient s'ajouter au montant de 34 000 $ sur quatre ans que le Vice-rectorat à la recherche verse à la collection pour en assurer le fonctionnement.

Rappelons que la collection Félix-d'Hérelle a été patiemment mise sur pied par le professeur Hans Wolfgang Ackermann, de la Faculté de médecine, au fil de trois décennies. Elle contient quelque 420 espèces de bactériophages (des virus qui s'attaquent aux bactéries) provenant des quatre coins du monde. Il s'agit de l'une des deux plus importantes collections du genre sur la planète. En 2001, à l'approche de la retraite, le professeur Ackermann s'était résigné, faute de relève, à transférer sa collection vers l'ATCC (American Type Culture Collection), une firme privée américaine qui vend des cultures de microorganismes à travers le monde. "La collection Félix-d'Hérelle est unique au monde. Elle contient des virus qui ne se retrouvent nulle part ailleurs et il fallait la conserver pour la science, même si ça impliquait son départ vers les États-Unis", expliquait-il au Fil en janvier 2002 pour justifier sa décision.

Alerté par cet article, le professeur Moineau intervient alors "afin d'éviter que Laval ne perde cette collection exceptionnelle, qui fait partie intégrante de notre patrimoine scientifique". Les centres de référence, comme la collection Félix-d'Hérelle, sont indispensables à la recherche en microbiologie, puisqu'il faut des espèces bien identifiées et des cultures pures pour réaliser des travaux fiables.

Spécialiste des bactéries et des virus du lait - le CRSNG vient d'ailleurs de lui accorder une subvention de cinq ans totalisant 300 000 $ -, Sylvain Moineau est demeuré fidèle à la philosophie du professeur Ackermann en maintenant une politique de distribution à faibles coûts des virus à la communauté scientifique internationale. Une professionnelle de recherche, Denise Tremblay, veille au maintien de la collection et à l'expédition des phages. Au cours des cinq dernières années, la collection a fourni plus de 700 échantillons de phages à des chercheurs de 20 pays. Le Centre de référence pour virus bactériens Félix-d'Hérelle dispose maintenant d'un site Web, accessible à partir de la page www.bcm.ulaval.ca/moineau/.

Virus de référence
Un article, qui vient de paraître dans le numéro d'août de la revue scientifique Applied and Environmental Microbiology, illustre bien l'utilité de la collection Félix-d'Hérelle. La Food and Drug Administration (FDA) américaine est en voie d'adopter des normes de qualité en ce qui a trait aux filtres utilisés par l'industrie biopharmaceutique. Ces filtres doivent être en mesure de retenir les virus qui pourraient se retrouver dans la chaîne de production de protéines recombinantes, d'anticorps monoclonaux ou d'autres produits pharmaceutiques. "Pour des raisons évidentes de santé, il n'est pas question d'utiliser des virus humains pour tester les filtres", précise Sylvain Moineau.

La collection Félix-d'Hérelle a donc fourni à la FDA un bactériophage, le coliphage PR772, qui ressemble à certains virus humains en termes de taille et de forme, mais qui ne pose aucun danger pour l'homme. De plus, les chercheurs Moineau, Ackermann et Tremblay en ont caractérisé le génome. "Ce bactériophage est maintenant un standard de référence pour l'efficacité des filtres, explique le professeur Moineau. Lorsque les compagnies qui fabriquent ces filtres auront besoin de tester leurs produits, elles pourront s'adresser à nous pour obtenir des échantillons de PR772." L'ampleur de la demande que ce nouveau standard va générer n'est pas connue pour l'instant.