Au fil des événements
 

18 novembre 2004

   

Université Laval

Dans une cerisaie
près de chez vous

Nostalgie de fin de siècle et lendemains incertains: la troupe Les Treize présente le dernier chef d'oeuvre d'Anton Tchekhov

En cette fin de 19ème siècle, l'été s'installe doucement en Russie dans la propriété de Lioubov Andréevna, tout juste revenue de Paris après cinq ans d'absence. En compagnie de son frère Gaev et de quelques parents et amis, elle contemple les délicates fleurs des innombrables cerisiers de la propriété onduler doucement dans la brise, en passant au passé. Rien ne semble avoir changé depuis l'âge d'or de son enfance. Pourtant rien n'est plus comme avant. Lioubov a dilapidé son héritage au profit d'un amant français, et la propriété ne rapporte plus autant de revenus que du temps de ses parents. Aveuglés par la nostalgie, le frère et la sur refusent pourtant d'adapter leur chère cerisaie aux nouvelles contraintes de cette Russie moderne en pleine émergence. "Chacun d'entre nous a sa Cerisaie intérieure", remarque Rouslan Kats, le directeur de production de La Cerisaie, en faisant référence à notre attachement aux lieux évoquant des moments heureux.

C'est justement l'universalité de l'histoire racontée par le dramaturge russe Anton Tchekhov (1860-1904) qui l'a incité à proposer cette pièce à la troupe de théâtre Les Treize. "Ce médecin de profession porte sur l'humanité un regard doux et mélancolique, un parfum très tendre se dégage de ses oeuvres", indique l'acteur, russe d'origine (voir article en cette page). La metteure en scène Érika Gagnon a donc choisi un décor très dénudé pour mieux souligner l'intemporalité des propos, nappé de blancheur en évocation des cerisiers en fleurs, en installant la scène à la même hauteur que le public. Elle a aussi demandé aux comédiens de se souvenir de leur propre douleur face à un déménagement, à la vente d'une maison familiale, au déracinement. "Cela permet de se rapprocher du personnage, de mieux se l'approprier", témoigne Nicole Pedneault, qui incarne Lioubov. "Je me reconnais beaucoup dans son frère, Gaev, l'homme-enfant, renchérit Denis Giguère. Il a gardé une pureté d'âme en se montrant détaché par rapport aux biens de la terre."

En fait, selon Érika Gagnon, chacun des douze personnages incarnerait une vision différente de la manière dont la Russie doit accéder à la modernité. "Avant même de travailler sur scène, nous avons longuement discuté du contexte de la pièce car une simple petite réplique éclaire parfois tout un pan d'histoire", note cette comédienne bien connue de la scène québécoise. Grâce notamment à une conférence donnée par le professeur en études russes Alexandre Sadetsky, l'équipe a ainsi compris que "les 200 ans de retard" de la Russie, dont parle l'ancien percepteur du fils de Lioubov, font référence à l'occupation des Mongols et des Tatars qui a coupé l'empire du reste du monde pendant deux siècles. De la même façon, l'arrivée au pouvoir des générations issues des anciens serfs sonne le glas d'une certaine aristocratie engoncée dans son ancienne façon de vivre. À sa manière, La Cerisaie annonce donc les énormes mutations qui surgiront tout au long du 20ème siècle.

La pièce La Cerisaie sera présentée les 25, 26, 27 et 28 novembre, à 20 h, à L'Amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse Desjardins. Les billets sont en pré-vente à l'Animation socioculturelle, local 2344 au pavillon Alphonse-Desjardins, au coût de 10$,( 12$ à l'entrée) ainsi que sur le réseau Billetech (Service et taxes en sus) ou www.billetech.com