Au fil des événements
 

2 décembre 2004

   

Université Laval

Péril en la demeure

Ghislain Picard sonne l'alarme pour la survie des Premières Nations

par Renée Larochelle

Originaire de la communauté montagnaise de Betsiamites sur la Côte-Nord, Ghislain Picard se souvient des commentaires désobligeants dont il faisait l'objet, alors qu'il étudiait au secondaire dans une école "blanche", au début des années 1970. "Les autres me considéraient comme un être malfaisant et je me percevais de la même façon, par le fait même", rappelle le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. "Aujourd'hui, les jeunes autochtones sont plus fiers de ce qu'ils sont, mais le mythe de l'autochtone bon à rien et fauteur de troubles persiste dans la tête des gens."

Invité par le Centre de recherche sur l'adaptation des jeunes et des familles à risque (JEFAR) et l'Association des étudiants des Premières Nations (AÉPN), le 29 novembre, Ghislain Picard devait parler du développement durable chez les Premières Nations du Québec. Mais de développement durable, il ne fut pas question de toute la conférence, pour une raison que l'homme a révélée, non sans une certaine lassitude dans le ton et le discours. "Cela ne sert à rien de parler de développement durable, social et économique si les individus n'ont pas la capacité de se prendre en main, a-t-il expliqué. Depuis les 50 dernières années, toutes les tentatives visant à redresser la condition économique et sociale des autochtones et à leur donner un statut comparable au reste de la population ont échoué." Sans aller jusqu'à reléguer aux oubliettes la question de l'autodétermination du peuple autochtone, ses "décideurs" souhaitent maintenant investir dans le renforcement des communautés, renforcement qui passe par une meilleure estime de soi chez l'individu. Car là réside la solution: reprendre sa vie en main afin de redonner vie à sa nation.

"On sous-estime les difficultés et les bouleversements qu'ont connus les Premières Nations depuis 400 ans, a poursuivi Ghislain Picard. Tout cela a créé un malaise qui se traduit aujourd'hui par l'alcoolisme, la drogue et le suicide. Il semble que, lorsque les choses se règlent pour une communauté, les choses s'aggravent dans l'autre, comme si on se passait le flambeau, en quelque sorte." Qui plus est, rien ne va plus du côté de la fonction publique autochtone, victime plus souvent qu'à son tour de détresse psychologique et complètement désemparée devant les problèmes sociaux qui fourmillent. Ainsi, les travailleurs sociaux doivent souvent être disponibles 24 heures sur 24 et deviennent incapables de suffire à la tâche, pour ne citer que cet exemple. D'où la nécessité vitale de se doter d'une administration publique pouvant répondre aux besoins, selon Ghislain Picard.

Mais par où commencer? "Pour faire avancer notre cause, j'ai longtemps cru que nous devions développer des relations surtout avec le gouvernement fédéral. Aujourd'hui, je suis de ceux qui pensent que nous devons développer et maintenir des relations harmonieuses avec tous les paliers de gouvernement, qu'il soit municipal ou provincial. Malgré certains pas dans la bonne direction, il reste beaucoup de chemin à faire pour que les Premières Nations reprennent la place qui leur est due et recouvrent leur dignité."