Au fil des événements
 

9 décembre 2004

   

Université Laval

Québec, ville de carte postale: une légende urbaine?

Loin d'être sur son déclin, la capitale posséderait des atouts majeurs pour prendre sa place dans le nouveau siècle

par Renée Larochelle

Y-a-t-il moyen de créer des lieux d'échange à Québec au lieu d'y développer des autoroutes? Pourquoi Québec ne deviendrait-elle pas la ville d'Amérique du Nord offrant le plus grand nombre de pistes cyclables? Pourquoi n'y retrouverait-on pas le plus grand réseau de pistes de ski de fond au Québec? Ces rêves, Pierre Thibault les a faits à voix haute, alors qu'il participait au débat de la série Participe présent ayant pour thème "Québec est-elle condamnée à un avenir de carte postale?" qui a eu lieu le 6 décembre au Musée de la civilisation. Architecte de renom, chargé de cours à la Faculté d'aménagement, d'architecture et des arts visuels, Pierre Thibault parcourt le monde pour son travail et ses loisirs. En somme, il pourrait très bien vivre ailleurs. Mais c'est à Québec qu'il choisi d'élever ses enfants, à cause de la qualité de vie offerte par cette ville "à la fois américaine et européenne".

"La raison pour laquelle nous sommes si bien dans des villes comme Barcelone, Paris ou Rome, est fort simple, a révélé Pierre Thibault. C'est qu'on y trouve des places ­ dans le vrai sens du terme - où les gens, autant les jeunes que les vieux, peuvent se rencontrer et se regarder vivre. C'est un peu ce qui manque à Québec." Selon l'architecte, la création d'une dizaine d'espaces disséminés à travers la ville pourrait agrémenter la vie de bien des gens. Un étang, quelques bancs, un petit jardin et le tour est joué! "Je connais plusieurs personnes qui vont se récréer avec leurs enfants dans des espaces de ce genre à Québec. Ce n'est pas compliqué et les coûts pour ce type de réalisation ne sont pas élevés. Pour 10 000 $ environ, on peut arriver à créer un endroit à la fois paisible et vivant pour tout le monde."

Tout un capital
Québec, ville fermée sur le monde? Québec, petite capitale provinciale? Sûrement pas pour Sophie D'Amours, professeur en génie mécanique à la Faculté de sciences et génie et directrice de la recherche et de l'administration du consortium de recherche FOR@C (De la forêt au client). Pour elle, Québec est avant tout une ville de services pouvant s'enorgueillir d'une grande université, qui emploie à elle seule 4 000 personnes et accueille 38 000 étudiants. Sans compter la présence de Desjardins, plus grande institution financière au Québec et 6e au Canada, en constante croissance, avec plus de 100 milliards de dollars à son actif.

"Qu'y t-il là de déprimant? demande Sophie D'Amours. Serions-nous mieux équipés avec une structure industrielle basée sur la production de masse de produits de première transformation? Certaines régions du Québec vivent aujourd'hui la mondialisation bien difficilement. Peu diversifiées, elles voient aujourd'hui de nombreux emplois être délocalisés. Ce n'est pas qu'on ne doive pas supporter ce secteur, mais le futur des entreprises manufacturières en Amérique du Nord repose sur des entreprises très spécialisées, robotisées et très productives. Encore là, la ville de Québec peut profiter de plusieurs centres de transferts technologiques, comme le Centre de recherche industrielle (CRIQ) ou Forintek (Institut de recherche sur les produits du bois au Canada). Sur le plan technologique, Québec n'a rien à envier à d'autres villes, avec la présence d'entreprises comme Exfo, Copernic, Aeterna, Diagnocure, Infectio Diagnostic, pour ne citer que ces exemples. Enfin, l'Université Laval est la tête de réseau de trois centres d'excellence du gouvernement canadien en recherche dans l'optique, la géomatique et la recherche arctique. Et puis il y a toutes ces retombées économiques générées par les recherches en seconde transformation du bois, en biomédical et en bioagroalimentaire."

Une relève permanente
Mais toute la science du monde ne changerait rien sans la qualité de vie qui constitue en quelque sorte la marque de commerce de Québec, selon Sophie D'Amours. "Lorsque je demande à mes amis, dont plusieurs sont bardés de diplômes, parlent plusieurs langues et ont voyagé à travers le monde, pourquoi ils ont choisi de vivre à Québec, je vous laisse deviner leur réponse." Même son de cloche pour l'historien Jean Provencher. Habitant Québec depuis 40 ans, il apprécie la qualité de vie de cette ville pour lui unique au monde. "Le milieu culturel est très riche à Québec, surtout du côté du théâtre, estime-t-il. Nos comédiens ont beau finir par s'exiler à Montréal, il existe toujours une relève, c'est exceptionnel!" Prônant l'ouverture d'un "bureau de l'imagination" à Québec, où le commun des mortels aurait droit de parole "au lieu des sempiternels intervenants des Chambres de commerce et autres institutions", Jean Provencher rêve de grands événements qui se dérouleraient sur les falaises de Québec, où vivent une faune et une flore inégalées. "Il ne faut pas mettre tous ses ufs dans le même panier", croit-il, faisant allusion au tourisme que d'aucuns considèrent comme la seule voie possible quant à la viabilité de Québec. "Les touristes sont là pour quelques jours seulement. Les résidants, eux, demeurent."

Le confort et l'indifférence?
Malgré ce portrait idyllique, tout n'est pas rose dans cette ville que d'aucuns jugent enlisée dans le confort et l'homogénéité culturelle et linguistique. En témoigne la période de questions ayant suivi le débat. Comment faire face à la division qui persiste depuis des décennies entre les habitants de la haute-ville et ceux de la basse-ville, et la fracture sociale qui s'ensuit? La revitalisation du quartier Saint-Roch est-elle un leurre masquant les réalités sociales? Quelles sont les actions à prendre pour attirer les immigrants et les convaincre de rester? "Darwin a dit que ce n'était pas les espèces les plus fortes qui survivaient, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptaient le mieux au changement, a rappelé Sophie D'Amours. Afin de poursuivre ce changement dans le respect de ce que nous sommes, je vous propose de nourrir les qualités de notre ville afin que ses défauts meurent de faim."