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14 avril 2005

   

Université Laval

Le défi de l'agilité

La survie de nos entreprises passera par leur capacité d'adaptation

par Jean Hamann

"Agiles". Voilà, selon Sophie D'amours, ce que nos entreprises doivent absolument devenir pour réussir à s'imposer sur un échiquier mondial de plus en plus dominé par de gros joueurs. Sinon, l'inéluctable loi de la survie du plus fort fera des ravages dans notre économie et d'autres secteurs industriels connaîtront le même sort que notre industrie textile. Invitée à clôturer la saison des Conférences grand public de la Faculté des sciences et de génie, le 6 avril, la professeure du Département de génie mécanique, détentrice d'un MBA et d'un doctorat en génie industriel, a décrit sa lecture de la situation depuis son poste d'observation situé à mi-chemin entre l'ingénierie et le monde des affaires.

D'abord, la donne ne nous est pas forcément favorable, a-t-elle rappelé. "Les entreprises québécoises traversent une période de compétitivité perturbée, en raison de la mondialisation de l'économie. De plus en plus, les grands joueurs mondiaux font affaire avec d'autres grands joueurs mondiaux et il y a déplacement des entreprises et des emplois." À titre d'exemple, elle cite le cas de Wal Mart dont le nom figure, à côté de celui de pays, dans la liste des dix principaux partenaires économiques de la Chine. Par ailleurs, nos liens étroits avec les États-Unis constituent une arme à deux tranchants. "C'est un avantage qui a cependant limité notre exploration des autres marchés et qui nous place à la merci du taux de change américain." Elle constate enfin que ces rapports ont conduit notre économie à une culture de première transformation.
Est-ce un problème? "Oui, affirme-t-elle sans hésitation, si on considère ce à quoi nous devons nous mesurer." Par exemple, la Chine est devenue "l'usine mondiale". Elle produit, entre autres, 75 % des jouets, 70 % des tracteurs et des photocopieurs, 60 % des bicyclettes et 58 % de tous les téléphones fabriqués dans le monde. Le salaire horaire moyen y est de 0,69 $. Au Canada, il est de 14,29 $. "Si on fait les mêmes produits avec les mêmes procédés, il n'y a pas moyen de rivaliser avec les Chinois", constate Sophie D'Amours.

La voie de sortie, et de survie, pour nos entreprises consiste à développer une proposition de valeurs différente de la concurrence, estime la chercheure. C'est d'ailleurs ce à quoi elle s'affaire à titre de directrice générale du Consortium de recherche sur les affaires électroniques dans l'industrie des produits forestiers (FOR@C). Ce groupe de recherche, pour lequel elle a déniché un financement de 9,5 M$ répartis cinq ans, regroupe des chercheurs de Sciences et génie, de Foresterie et de géomatique et des Sciences de l'administration, ainsi que des partenaires industriels qui explorent des façons d'améliorer le réseau de création de valeur dans le secteur des produits de la forêt.

FOR@C cherche notamment à optimiser la chaîne de production en réduisant le temps sans valeur ajoutée pour chaque produit. C'est-à-dire le temps pendant lequel les produits dorment dans des inventaires en attendant de passer d'une entreprise à une autre. Entre le moment où un arbre quitte la forêt et celui où le consommateur achète un produit, il peut s'écouler de 6 à 12 mois. "Pour faire face aux variations du marché, les entreprises se protègent en constituant des inventaires alors qu'il faudrait plutôt recourir à des solutions collaboratrices pour améliorer le réseau de création de valeur", soutient la chercheure. L'équipe de FOR@C a d'ailleurs mis au point un jeu en ligne, accessible à partir de la page www.forac.ulaval.ca/, qui simule les opérations dans un réseau des produits forestiers. Le "Jeu du bois" démontre l'importance du partage de l'information entre les entreprises partenaires pour améliorer le réseau de création de valeur. Cet outil sert d'ailleurs lors d'ateliers sur la gestion du réseau logistique offerts par le consortium.
"Il ne suffira pas d'arriver avec de nouveaux produits pour survivre, plaide Sophie D'Amours. Il faudra des produits issus de réseaux de productions mieux pensés, des produits plus personnalisés qui feront appel à plus de savoir et plus de technologies. Le défi derrière tout ça c'est l'agilité des entreprises. L'avenir de notre économie en dépend."