Au fil des événements
 

26 mai 2005

   

Université Laval

Au pays de la religion nationaliste

La rhétorique géopolitique religieuse américaine a pris son envol après la Seconde Guerre mondiale

par Yvon Larose

"Si Bush était un vrai chrétien fidèle à l'esprit du christianisme, s'il s'occupait des pauvres et s'il ne recourait à la violence qu'à la dernière extrémité, si en plus il avait étudié les Saintes Écritures, la présidence se porterait beaucoup mieux", soutient T. Jeremy Gunn, chercheur senior en religion et droits de la personne à l'Emory University School of Law de Washington. Professeur invité du Département de science politique, ce dernier donne présentement un séminaire de deuxième et troisième cycles intitulé "Religion et politique étrangère des États-Unis". Selon lui, le problème de George W. Bush ne réside pas dans la sincérité de sa foi ni dans sa piété, mais bien dans ses bases théologiques qui sont sommaires. "J'ai des doutes que Bush soit très religieux, indique T. Jeremy Gunn. Il met en valeur ce qu'il pense et je crois qu'il est content du fait que les gens pensent qu'il apparaît plus religieux qu'il ne l'est en réalité."

Chose certaine, et malgré des formules chocs telles que: "Si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous", "L'axe du mal", ou "Nous faisons cela avec la bénédiction de Dieu", le président américain est en fait bien différent de la caricature faisant de lui un fanatique religieux, qui croit que Dieu lui parle et qui fait de la politique en pensant qu'il peut promouvoir le retour du Messie. "Une autre perception veut que les fondamentalistes ou les évangélistes aient une influence très forte sur Bush, ce qui est faux", ajoute T. Jeremy Gunn.

De Truman à Bush
Les États-Unis ont été fondés au 17e siècle par des Quakers, un mouvement religieux protestant anglais. Aujourd'hui, la population de ce pays est probablement plus religieuse que toute autre population des pays développés. Aux USA, les forces armées, au dire de T. Jeremy Gunn, seraient presque un symbole religieux. Ce dernier avance même l'idée d'une religion américaine nationaliste. Cette idéologie remonterait aux années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. "Depuis cette époque, dit-il, le discours officiel fait un lien cohérent entre la religion et la politique étrangère." Le professeur en a pour preuve ce discours prononcé le 3 avril 1951 par le président Harry Truman. Après avoir actualisé le texte, notamment en remplaçant le mot "communisme" par "terrorisme", il l'a soumis à ses étudiants de Laval comme exercice. Il avait fait la même chose précédemment avec des amis. Tous sans exception ont cru qu'il s'agissait d'un discours typique de George W. Bush.

"À l'étranger comme au plan domestique, disait Harry Truman, notre conduite comme peuple doit être guidée par des valeurs morales. Présentement, notre nation est engagée dans un effort considérable visant le maintien de la justice et de la paix dans le monde." "On imagine que le démocrate Truman était le contraire de Bush, explique T. Jeremy Gunn. Pourtant, ses discours sont remarquablement similaires à ceux de Bush. Il y a donc une continuité depuis la Seconde Guerre mondiale dans les discours officiels."

Avant la guerre de 1939-1945, les conservateurs protestants appelés fondamentalistes prônaient la séparation de l'Église et de l'État. Mais aux lendemains du conflit, cette vision des choses fut remise en question alors que l'idée d'un rapprochement entre les deux entités s'est fait jour dans le contexte de la guerre froide naissante. "Les fondamentalistes insistaient sur l'importance de comprendre le rôle de l'État et de la religion dans la société et de faire attention de ne pas mélanger les deux, indique T. Jeremy Gunn. Pour Bush, c'est du pareil au même." Les idées-forces véhiculées entre 1945 et 1955 consistaient à dire qu'un bon Américain devait croire en Dieu et être capitaliste, par opposition aux communistes qui ne croyaient ni en un être supérieur, ni en l'économie de marché.

"Si le gouvernement faisait preuve d'honnêteté, une valeur chrétienne, il reconnaîtrait son erreur d'avoir cru en l'existence d'armes de destruction massive en Irak et d'avoir envahi ce pays, soutient T. Jeremy Gunn. Il ferait ensuite son possible pour réparer les torts causés aux Irakiens."