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8 septembre 2005

   

Université Laval

Douce colère

Les comportements modérément agressifs procureraient moins de déplaisir que les réactions passives ou très agressives dans des situations conflictuelles

par Jean Hamann

Si les comportements agressifs et violents répugnent à la plupart d'entre nous, il semble que, dans certaines circonstances, adopter un comportement agressif modéré puisse procurer un certain plaisir. C'est ce que soutiennent les chercheurs Michel Cabanac et Marie-Claude Bonniot-Cabanac, de la Faculté de médecine, et leur collègue J. Martin Ramirez, de l'Université Complutense de Madrid, dans un récent numéro du journal European Psychologist.

Les travaux antérieurs du professeur Cabanac l'ont amené à postuler que les humains adoptent des comportements qui tendent à optimiser leur plaisir. Cette recherche de plaisir intervient-elle également dans l'adoption de comportements agressifs envers d'autres personnes? Pour répondre à cette délicate question, les trois chercheurs ont invité 25 hommes et 25 femmes, âgés de 16 à 80 ans, recrutés au hasard sur le campus, à remplir une série de questionnaires portant sur les comportements agressifs. Les répondants devaient coter, sur une échelle plaisir/déplaisir, cinq répliques possibles à 17 scénarios qui décrivaient une interaction avec un individu désagréable. Pour chaque scénario, ils choisissaient parmi cinq répliques possibles, allant d'une réaction passive à une réaction très agressive. Dans un deuxième temps, les répondants devaient décrire le comportement qu'eux-mêmes adopteraient dans pareilles situations.

Premier constat, plutôt rassurant, les répliques possibles aux divers scénarios sont jugées déplaisantes par la majorité des répondants. Toutefois, les scores de déplaisir les plus élevés sont rattachés aux comportements passifs (ne rien faire face au désagréable individu). Suivent dans l'ordre les comportements très agressifs et les comportements modérément agressifs. "Les répondants associent plaisir et agression jusqu'à un certain point: les réponses agressives d'intensité modérée sont moins déplaisantes que les réponses passives ou très agressives", constatent les chercheurs.

Les données montrent également une corrélation entre le scénario désigné comme étant le moins déplaisant par chaque répondant et la réplique qu'il adopterait s'il était placé dans cette situation. "La corrélation entre le score de plaisir/déplaisir et l'adoption d'un comportement peut sembler évidente, mais elle n'est ni évidente ni inévitable", plaident les auteurs de l'étude. À preuve, un seul des répondants présente une concordance parfaite entre le comportement qu'il adopterait et celui qu'il jugeait le plus plaisant, deux répondants n'ont jamais choisi le comportement le plus plaisant et deux autres ont toujours choisi le comportement qu'il jugeait le plus désagréable. "L'acceptation sociale d'un comportement et les contraintes morales des individus influencent leurs choix", analysent les chercheurs.

L'instinct d'agression, modulé par la recherche du plaisir, aurait, en partie du moins, un fond biologique, avancent-ils. S'il ne fait pas de doute qu'une dose minimale d'agressivité physique a pu aider nos ancêtres à survivre, "nous sommes généralement conscients qu'il existe d'autres façons - meilleures, plus sophistiquées et plus agréables - de régler les conflits", soulignent-ils. Généralement conscients, en effet.