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3 novembre 2005

   

Université Laval

Calcul mental

Le cerveau serait-il mauvais juge lorsqu'il compte les calories qu'il a lui-même brûlées?

par Jean Hamann

Notre cerveau ne semble pas très fort en maths lorsque vient le temps de compter les calories qu'il a lui-même brûlées. En effet, une étude réalisée par Jean-Philippe Chaput et Angelo Tremblay, de la Faculté de médecine, indique que nous nous livrons spontanément à une surcompensation calorique après un travail intellectuel. "Ce phénomène, combiné au fait qu'on se dépense peu physiquement lorsqu'on accomplit une tâche mentale, pourrait contribuer à l'épidémie d'obésité qui frappe les sociétés où une bonne partie de la population exerce un travail intellectuel", commente Angelo Tremblay.

Les deux kinésiologues ont évalué la quantité d'énergie dépensée par 15 étudiantes alors qu'elles se livraient à un exercice intellectuel de 45 minutes qui consistait à lire et à résumer un texte scientifique. Ils ont répété les mêmes mesures lors d'une seconde séance de même durée pendant laquelle les participantes devaient tout simplement relaxer. Au terme de chaque session, elles étaient invitées à passer au buffet et à manger à satiété. Les chercheurs ont ainsi déterminé que le travail intellectuel provoquait une augmentation de la dépense calorique d'à peine 3 kilocalories, mais qu'il induisait une consommation de 229 kilocalories supplémentaires.

Contrairement à l'activité physique qui favorise l'équilibre entre la dépense d'énergie et la consommation d'aliments, l'activité intellectuelle favoriserait plutôt son dérèglement, constatent les chercheurs. "On ignore quelle est la cause exacte de ce phénomène, mais nous avons deux hypothèses", avance Jean-Philippe Chaput. La première, d'ordre psychologique, suggère que les participantes considèrent la nourriture comme une récompense bien méritée après un travail exigeant. La seconde, plus physiologique, propose que le stress occasionné par le travail mental provoque la sécrétion d'une hormone, le cortisol, qui perturbe le métabolisme et induit une instabilité du glucose sanguin. À noter que, à l'opposé des muscles qui utilisent plusieurs types de combustibles, le cerveau roule uniquement au glucose. Angelo Tremblay a lui-même constaté que ses propres taux de glucose et d'insuline fluctuaient respectivement par un facteur de 2 et de 8 pendant la préparation d'une demande de subvention!