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1er décembre 2005

   

Université Laval

De demain à hier

Professeur d'histoire de l'art et commissaire de l'exposition sur Edmond-Joseph Massicotte présentée par le Musée national des beaux-arts du Québec, David Karel éclaire le parcours singulier de cet illustrateur

par Renée Larochelle

"Le commissaire d'une exposition, c'est un peu l'homme à tout faire du projet", explique à la blague David Karel, quand on lui demande de parler de son rôle dans l'exposition sur le populaire illustrateur Edmond-Joseph Massicotte (1875-1929) que présente le Musée national des beaux arts du Québec jusqu'au 30 avril. "En résumé, ajoute t-il, je dirais que le commissaire est le concepteur de l'exposition. Il participe évidemment au choix des oeuvres, mais on peut aussi bien lui demander de solliciter un collectionneur pour obtenir un tableau que d'identifier des oeuvres."
Les images créées par E.-J. Massicotte font en quelque sorte partie de l'imaginaire collectif des Québécois. Qui ne connaît pas la série de gravures diffusées sous le titre Nos Canadiens d'autrefois représentant des traditions telles que la bénédiction du jour de l'An, le retour de la messe de minuit ou la prière en famille? Si l'exposition présente ce travail d'interprète des traditions populaires ayant fait la célébrité de Massicotte, elle dévoile aussi des aspects moins connus de son travail comme ces compositions Art Nouveau où il s'inspire des oeuvres de Alfons Mucha, affichiste attitré de l'actrice Sarah Bernhardt. Rappelons enfin que Massicotte est le seul illustrateur de l'Amérique française à avoir embrassé "le style 1900" alors que cette mode venue d'Europe courait encore.

Caricature et théâtre illustré
"Dans cette exposition, j'ai voulu confronter les deux sensibilités de Massicotte - la moderniste et la passéiste - pour que le visiteur puisse saisir l'accomplissement de l'artiste dans sa totalité", souligne David Karel. On découvre que l'artiste ne s'est pas cantonné dans l'exécution de scènes traditionnelles mais qu'il s'est aussi intéressé aux cheminées d'usine, aux poteaux électriques et aux wagons de tramways. À la recherche de sa voie, Massicotte a tâté de la caricature et a inventé un genre de reportage, le théâtre illustré, sorte de petite bande dessinée juxtaposant différents épisodes de la pièce.

Sur les quelque 1 600 croquis et dessins de Massicotte que possède le Musée, David Karel a choisi 190 oeuvres qui témoignent le mieux du parcours artistique de l'homme. Il connaît d'ailleurs très bien l'artiste, ayant d'ailleurs déjà écrit un article fouillé sur lui dans le volume XV du Dictionnaire biographique du Canada. À son avis, toute la famille peut trouver du plaisir à visiter cette exposition portant sur un artiste bien de chez nous, dont on apprendra qu'il a fini par renoncer au modernisme. Les nostalgiques d'un temps révolu se retremperont avec délices dans la société canadienne-française d'autrefois alors que les autres auront droit à un cours d'histoire en accéléré de cette époque où les filles ne pouvaient rencontrer leur amoureux qu'en compagnie d'un chaperon.