Au fil des événements
 

16 mars 2006

   

Université Laval

Des cibles à atteindre

Dix ans après les États généraux de l'éducation, l'augmentation de la réussite scolaire reste un objectif majeur

Par Renée Larochelle

Au Québec, le monde de l'éducation attendait beaucoup des États généraux de l'éducation qui ont eu lieu en 1995 et 1996 et dont découle la réforme du système de l'éducation implantée à partir de 1998. Selon Marc-André Deniger, professeur à la Faculté de sciences de l'éducation à l'Université de Montréal, l'un des objectifs fixés par les États généraux, soit l'augmentation de la réussite scolaire, n'a pourtant pas été atteint. "Le recul du taux de diplômation au secondaire et au collégial est très préoccupant, souligne Marc-André Deniger, qui a été professeur à la Faculté des sciences de l'éducation à l'Université Laval, de 1996 à 2005. Des efforts doivent à tout prix être mis de ce côté." Lors de la table ronde qui a eu lieu lors du lancement de l'Observatoire international de la réussite scolaire (OIRS), Marc-André Deniger a livré les résultats d'une étude portant sur l'accessibilité, la réussite et l'égalité des chances depuis les États généraux de l'éducation.

Du côté de l'accessibilité aux études, les nouvelles sont bonnes pour le secteur universitaire. En effet, l'accès aux études menant à l'obtention d'un baccalauréat a augmenté de 33,9 % à 41,3 %. Il en va de même pour la maîtrise (8,7 % à 11,7 %) et du doctorat (1,9 % à 3,1 %). Par contre, les choses se gâtent au secteur collégial, le taux d'accès étant passé de 63, 3 % à 57,8 %. Au secondaire, l'accès à la 4e et 5e secondaire a légèrement diminué, respectivement de 85,6 % à 84,9 % pour la 4e secondaire et de 75,9 % à 73,9 % pour la 5e. Au préscolaire et au primaire, la proportion des enfants de 4 ans inscrits à la maternelle est passée de 17,5 % à 19,2 %, et celui des enfants de 5 ans de 98,6 % à 97,4 %.

Un coup d'il sur les statistiques reliées à la réussite scolaire montre que le taux d'obtention du baccalauréat est à 27,7 %, ce qui se situe proche de l'objectif fixé par le ministère de l'Éducation, qui est de 30 %. Reculant depuis 1996, le taux d'obtention du baccalauréat au Québec demeure cependant inférieur à la moyenne fixée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a constaté Marc-André Deniger. Le taux d'obtention à la maîtrise a augmenté, passant de 65,6 % à 70,4 %, tandis que celui du doctorat est stable avec 57,5 %. Au collégial, la proportion des élèves terminant leurs études s'est à peu près maintenue avec 39 %. Ce taux demeure cependant bien loin de la cible fixée par le ministère de l'Éducation, soit 60 %. En même temps, la proportion des élèves terminant leurs études collégiales est passée de 64,7 % à 72,7 %.

Pour l'égalité des chances
Malgré une baisse continue dans les années 1980, le taux de décrochage s'est stabilisé au collégial, affichant une légère augmentation chez les 17 ans (de 10 % à 11, 6%), de même que chez les 18 ans (15 % à 16,9 %). À l'école secondaire, le taux de diplômation a chuté jusqu'à tout récemment (de 88, 4 % en 1995-1996 à 79, 8 % en 2002-2003). Malgré cela, le Québec se compare avantageusement aux autres pays de l'OCDE, note Marc-André Deniger. Mais c'est du côté de l'information sur l'égalité des chances de poursuivre leur cheminement scolaire que le bât blesse, souligne le chercheur. " Au Québec, notre système d'éducation de produit pas d'indicateurs d'équité, ce qui fait que nous n'avons aucun moyen de savoir si le système est plus équitable qu'avant, explique Marc-André Deniger. Pour en savoir plus, il faudrait effectuer des croisements entre l'origine sociale des élèves et les retards scolaires, le rendement, l'orientation scolaire, l'échec, l'abandon, la persévérance et l'insertion en emploi des diplômés. Nous pourrions de cette façon rectifier le tir."