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30 mars 2006

   

Université Laval

Halte au massacre

Des chercheurs de Laval prônent l'implantation de dispositifs automatisés de contrôle afin de réduire la vitesse excessive sur les routes

par Yvon Larose

Une diminution des décès et des blessés graves d'au moins 20 %. Le Québec pourrait obtenir ce résultat avantageux pour son bilan routier annuel s'il implantait des systèmes automatisés de contrôle de la vitesse sur les routes, une mesure qui devra toutefois s'accompagner d'importantes campagnes de sensibilisation. Voilà le message qu'a livré Guy Paquette, directeur du Département d'information et de communication et directeur du Groupe de recherche en sécurité routière de l'Université Laval, le mercredi 22 mars à Québec, en déposant un avis sur la vitesse excessive devant la Commission parlementaire sur la sécurité routière. "Mon message, explique-t-il, a consisté à dire que la question de la vitesse excessive sur les routes a déjà été discutée en commission parlementaire, que de nombreux pays ont implanté avec succès des systèmes automatisés de contrôle de la vitesse, et que le temps est venu d'agir."

Chaque année au Québec, plus de 600 personnes perdent la vie et plus de 50 000 autres subissent des blessures dans quelque 35 000 accidents de la route. Avec l'ivresse au volant, la vitesse excessive demeure l'une des deux principales causes de cette hécatombe annuelle. Les zones à risques sont les routes secondaires en milieu urbain limitées à 70 ou à 90 km/h, ainsi que les zones scolaires limitées à 30 km/h. "La question est maintenant morale, ajoute Guy Paquette. Une hécatombe de 650 ou 700 morts par année sur nos routes, est-ce qu'on s'en contente? Est-ce un chiffre correct? Si ça ne l'est pas, que l'on cesse de tourner autour du pot et que l'on prenne des mesures." Quelque 70 pays ont déjà implanté des dispositifs automatisés de contrôle de la vitesse sur leurs routes. Plusieurs États américains l'ont fait, ainsi que quelques provinces canadiennes. "En deux ans, indique Guy Paquette, la France a diminué de presque 30 % le nombre de décès et de blessés graves sur les routes par le radar-photo, le durcissement des moyens de contrôle et les campagnes de sensibilisation."

Jean-Marie De Koninck, professeur au Département de mathématiques et de statistique, fondateur du service de raccompagnement Opération Nez rouge et président de la Table québécoise de la sécurité routière, un groupe-conseil formé par le ministre des Transports du Québec, Michel Després, abonde dans le même sens. "Il faut, a-t-il déclaré, arrêter le massacre sur nos routes. Pour chaque mort, on a neuf blessés graves. C'est énorme. Et ce qui est épouvantable, c'est que ça peut être évité. Pas besoin de réinventer la roue. Il s'agit de regarder ce qui marche ailleurs et de l'adapter au contexte québécois."

Des technologies efficaces
Deux technologies s'offrent au gouvernement: celle plutôt ancienne du radar-photo, qui utilise un radar conventionnel couplé à un appareil-photo, et celle, très moderne et présentement à l'essai en Grande-Bretagne, qui consiste à identifier les véhicules par radiofréquence à l'aide d'un puce électronique implantée dans la plaque d'immatriculation. L'effet dissuasif du radar-photo est solidement établi. Mais cette technologie vieille d'une cinquantaine d'années a peu évolué et un fort pourcentage des données qu'elle produit sont parfois inutilisables ou erronées. Un système à base de radiofréquence serait en revanche plus fiable, il améliorerait sensiblement la qualité des données recueillies et il permettrait une réduction des coûts. "L'installation d'une balise d'identification des véhicules par radiofréquence ne coûte que 1 000 $, explique Guy Paquette. Elle peut identifier 300 à 400 véhicules à la seconde, et ce, avec une précision extrême."

Pour des raisons d'acceptation sociale, il ne faut implanter les dispositifs automatisés de contrôle que dans des zones à forte concentration d'accidents liés à la vitesse. Les zones sous contrôle automatisé doivent être identifiées par des panneaux de signalisation. Et les contrevenants fautifs doivent être informés rapidement du constat d'infraction.