Au fil des événements
 

8 juin 2006

   

Université Laval

Humanisation 101

Selon Gaston Marcotte, les universités devraient créer des lieux rassembleurs favorisant le développement humain dans son intégralité

par Renée Larochelle

Des diplômés en enseignement frais émoulus de l’université mal préparés aux tâches qui les attendent. Des élèves qui décrochent. Une réforme de l’éducation qui peine à prendre son envol. Triste constat devant lequel Gaston Marcotte, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation, a décidé de se retrousser les manches en créant le Mouvement Humanisation, qui tenait le premier colloque de sa jeune histoire le 27 mai, au pavillon Alphonse-Desjardins. Ce mouvement défend le droit inaliénable des enfants d’avoir une vision juste et complète de leur être et du monde.

«L’absence de programmes d’humanisation fondés sur une science et un art du développement humain fait en sorte que l’éducation est actuellement sans véritable fondement, explique le pédagogue. Il y a un manque flagrant de direction et de sens. En témoignent les crises à répétition qui perdurent depuis trois décennies en éducation au Québec.» Selon Gaston Marcotte, il faut à tout prix revenir à la base et «enseigner l’humain». Mais qu’est ce qu’enseigner l’humain? «Un jour, dit-il, dans une de mes classes, j’ai demandé aux étudiants qui avaient reçu un cours minimal sur l’évolution des processus mentaux et le développement du cerveau humain de lever la main. Personne ne l’a fait.  En revanche, tout le monde connaissait bien les rouages de l’informatique et utilisait sans problème les nouvelles technologies. Cherchez l’erreur.»  Un autre exemple? «Enseigner l’humain, affirmer le professeur, c’est aussi apprendre à chaque génération à acquérir suffisamment de respect d’elle-même et de son environnement pour ne pas s’engager dans des comportements destructeurs.» 
 

Un droit fondamental
Gaston Marcotte définit l’humanisation comme «cette partie de l’éducation qui favorise l’acquisition de valeurs, d’attitudes, de connaissances, d’habiletés et de comportements essentiels au développement intégral et harmonieux de ses dimensions physique, mentale, affective, sexuelle, sociale, morale et écologique». À son avis, le refus de fournir à l’enfant les moyens indispensables à son processus d’humanisation constitue une grave injustice puisqu’on l’empêche ainsi d’exercer son droit le plus fondamental après la vie. L’école qui prône la compétition malsaine et l’excellence à tout prix, avec le stress, le mal de vivre et l’agressivité qui les accompagnent, est donc à proscrire.

«Au lieu de faire de l’humanisation leur priorité, les êtres humains ont mis les systèmes d’éducation au service des pouvoirs en place comme l’Église, l’État et les idéologies», constate Gaston Marcotte.  «Aujourd’hui, l’école est presque exclusivement vouée à l’économie. Continuer d’enseigner aux générations futures l’idéologie de la production, de la consommation et de la compétition comme principal moteur du progrès humain et fondement du bonheur représente une voie sans issue.» Selon lui, les universités ont le devoir de créer des «lieux rassembleurs» permettant à des disciplines qui communiquent rarement entre elles comme l’anthropologie, la philosophie, la psychologie, la sociologie, les sciences cognitives et neurologiques, de se nourrir mutuellement. À cet effet, il suggère que chaque université mette en place une faculté, une chaire ou un institut du développement humain, où les connaissances seraient intégrées dans des programmes d’humanisation adaptés à chaque catégorie d’âge et enseignés aux futurs enseignants dans les facultés des sciences de l’éducation.