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Volume 52, numéro 9 | 10 novembre 2016

Recherche

À l’écoute du dark Web

Des chercheurs conçoivent un outil intelligent pour améliorer la surveillance des activités illégales sur le Web obscur

Par Jean Hamann

Aux confins de l’univers Web se trouve une galaxie obscure nommée dark Web. Peuplé par une faune désireuse de mener ses activités à l’abri des regards indiscrets, ce microcosme est fréquenté par des personnes qui revendiquent le droit de communiquer sans être épiées par l’État, par des donneurs d’alerte et des dissidents politiques qui craignent les représailles, mais aussi par des criminels qui vendent des produits ou des services illégaux et même par des terroristes. La surveillance des activités illégales qui se déroulent sur le dark Web est donc primordiale, mais les outils permettant de le faire efficacement font encore défaut. L’équipe du professeur Richard Khoury, du Département d’informatique et de génie logiciel, a entrepris la conception d’un outil intelligent pour assister les personnes chargées de surveiller les activités qui se déroulent sur la face cachée d’Internet. Le chercheur a profité du Colloque annuel du Centre de recherche en données massives de l’Université Laval, qui se déroule ce lundi 31 octobre sur le campus, pour faire état du progrès de ses travaux.

S’il est relativement facile de surveiller les réseaux sociaux sur le Web public, il en va tout autrement des messages diffusés sur le dark Web, a rappelé le professeur Khoury. «Cette partie du Web n’est pas accessible aux robots ni aux personnes. Pour y accéder, il faut être invité par une personne qui a déjà accès à un groupe de discussion et qui juge que vous êtes digne de confiance.» Le flux d’information sur le dark Web est plus faible que sur la face visible du Web – chaque minute, Twitter diffuse en moyenne 350 000 messages et Facebook ajoute près de 30  000 statuts –, mais une surveillance totale par des agents humains demeure impensable. «Le dark Web sert surtout de plateforme pour des groupes de discussion, signale le chercheur. Il faut donc trouver moyen d’analyser de nombreuses conversations parallèles, en temps réel, afin de découvrir des activités suspectes.»

Grâce à une subvention du CRSNG et à la collaboration de Thales, une multinationale spécialisée notamment en sécurité et en défense, Richard Khoury, son collègue Luc Lamontagne et quatre étudiants ont conçu un prototype d’assistant intelligent. «La difficulté consiste à automatiser l’analyse d’un important flux de messages pour en comprendre le contenu, souligne le professeur Khoury. Pour y arriver, nous faisons appel à des algorithmes qui traitent le langage naturel afin de décoder le sens des échanges. Lorsque quelque chose de louche est repéré, l’assistant intelligent avise la personne chargée de la surveillance et elle lui propose même des réponses à ajouter dans les conversations suspectes.»

Les chercheurs ont créé leur prototype à partir d’échanges provenant d’un groupe de discussion public sur la cybercriminalité. Ils entendent poursuivre son développement en y ajoutant, entre autres, des fonctions permettant l’analyse des émotions et des relations sociales entre les participants, ainsi que la mise en relation des échanges avec certains éléments de l’actualité. «Un système 100% automatique ne sera jamais parfait, mais un assistant intelligent peut offrir un important soutien aux agents qui effectuent la surveillance, rappelle le professeur Khoury. Il facilitera leur travail en leur donnant des outils pour gérer l’information sur les cybercriminels et les sujets de conversation en cours, et pour communiquer avec eux sans éveiller les soupçons.»

Il restera ensuite à infiltrer le dark Web pour tester cet assistant intelligent. «Cette opération ne sera pas simple parce qu’il faut tromper des cybercriminels qui sont, dans plusieurs cas, des experts en informatique qui cherchent constamment à repérer et déjouer les forces de l’ordre. L’accès au dark Web est difficile, mais nous comptons sur l’expertise de Thales pour y arriver», souligne le chercheur.

Le professeur Khoury réalise ses travaux au sein du Centre de recherche en données massives. Officiellement reconnu par l’Université Laval en juin dernier, ce centre regroupe une quarantaine de chercheurs et quelque 125 étudiants, stagiaires et professionnels de recherche provenant de cinq facultés: Sciences et génie, Médecine, Sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Sciences de l’administration et Foresterie, géographie et géomatique. Les travaux de ces chercheurs portent sur le traitement des données non structurées ou partiellement structurées et la représentation des connaissances, la bio-informatique, et la sécurité et la confidentialité des données. Le centre participe également à l’élaboration de concentrations de premier cycle et de programmes de deuxième cycle en données massives afin d’assurer la formation de personnel compétent dans le domaine.

«La recherche sur les données massives est un domaine en expansion rapide à travers le monde et les besoins en technologie, en connaissances et en main-d’oeuvre dans ce domaine feront l’objet d’une demande énorme au cours des prochaines années, signale François Laviolette, directeur du centre. La création du Centre arrive à point nommé, car il permettra à l’Université Laval de regrouper les forces vives travaillant dans le domaine et de positionner l’établissement en tant que joueur important sur la scène internationale.»

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Le dark Web est utilisé par des donneurs d'alerte et des dissidents politiques qui tiennent à préserver leur anonymat par crainte de représailles, mais aussi par des criminels qui vendent des produits ou des services illégaux et par des terroristes.

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