Logo Université Laval Logo Université Laval

Volume , numéro | 19 novembre 2018

Actualités UL

À la rescousse des fonds de pension déficitaires

Une équipe d'étudiants de FSA ULaval termine deuxième au McGill International Portfolio Challenge

Par Yvon Larose

VanPERS est le nom d’un fonds de pension public américain fictif. Ses cotisants sont des enseignants et des fonctionnaires de l’État, également fictif, de Vandalia. Comme tous ses semblables, ce fonds d’investissement a pour mission d’assurer une retraite par capitalisation à ses cotisants. Or, il fait face actuellement à un déficit actuariel de huit milliards de dollars. Cette somme signifie que le ratio de solvabilité du fonds n’est que de 78%.

En septembre, dans le cadre du concours McGill International Portfolio Challenge, un concours portant sur la gestion de fonds de pension, 90 équipes étudiantes provenant de 75 universités de par le monde ont étudié ce cas dramatique pour ensuite formuler des propositions de solution qui se voulaient créatives et efficaces. Après analyse, 25 propositions ont été retenues, dont une de l’Université Laval, pour les rondes finales qui ont eu lieu à l’Université McGill en novembre. Les 25 équipes ont alors présenté leur stratégie à un jury composé d’une trentaine d’experts de l’industrie des fonds de pension. Pour la qualité et l’originalité de sa présentation, l’équipe de l’Université Laval, composée de Gabriel Boivin (ingénierie financière), Léa Capobianco (administration des affaires – finance) et Pierre-Yves Gendron (finance), tous trois inscrits à la maîtrise, a obtenu la deuxième position.

«La majorité des fonds de pension américains font actuellement face à des déficits actuariels majeurs, la situation aux États-Unis est critique et très d’actualité, alors qu’au Canada la majorité des grands fonds de pension sont en très bonne santé financière, explique Pierre-Yves Gendron. Le modèle canadien est un modèle admiré à l’international. La compétition était donc une belle façon de mettre à l’avant l’expertise canadienne dans ce domaine. Quant au cas qui nous était présenté, il était fictif mais très ancré dans la réalité des fonds de pension américains.»

La stratégie conçue par les étudiants comprenait trois volets. D’abord, ils ont créé un modèle quantitatif permettant d’évaluer la situation. Ensuite, ils ont imaginé une allocation des actifs en vue d’un rendement annuel de 8,5%. Enfin, ils ont fait des recommandations plus qualitatives pour la restauration du financement du fonds de pension VanPERS.

«Notre stratégie est peu complexe, indique Pierre-Yves Gendron. Son côté très réaliste a été apprécié du jury. Notre portefeuille d’investissements se subdivise en sept catégories d’actifs, soit les obligations, les actions, l’immobilier, les infrastructures, les terres à bois, les terres agricoles et le capital de risque. Les terres à bois et les terres agricoles ont l’avantage d’être peu corrélées avec les marchés. Les infrastructures représentent une classe d’actifs défensive. Et le capital de risque permet des synergies avec les investissements dans des sociétés non cotées en bourse.»

Selon l’étudiant, les fonds canadiens investissent davantage dans l’économie réelle et dans les classes d’actifs alternatifs comme les infrastructures, l’immobilier et les placements privés. «Investir dans des classes d’actifs alternatifs était d’ailleurs à la base de notre stratégie, souligne-t-il, puisque nous souhaitions profiter des primes d’illiquidité et de complexité offertes par ces classes d’actifs.»

Pour élaborer leur stratégie d’allocation d’actifs, Gabriel Boivin, Léa Capobianco et Pierre-Yves Gendron ont utilisé les différentes bases de données financières des salles des marchés Carmand-Normand et Jean-Turmel de FSA ULaval. Dans leur préparation, ils ont profité des conseils du chargé d’enseignement Christian Boutet, du Département de finance, assurance et immobilier, et du gestionnaire des salles des marchés, David Bouchard.

Dans leur rapport, les étudiants font quatre recommandations visant à rendre le fonds de pension VanPERS plus durable. Ils suggèrent d’abord, lorsque vient le temps pour les municipalités de procéder à des embauches, d’essayer d’engager des personnes plus jeunes que la moyenne des employés actuels. Près des trois quarts de ces employés ont plus de 45 ans, ce qui veut dire qu’un grand pourcentage des membres actifs du fonds de pension, approchant de la retraite, ne pourra bientôt plus contribuer à son financement. Deuxièmement, l’État de Vandalia pourrait implanter une politique de retraite graduelle. Les employés intéressés, parce qu’ils continueraient à travailler à temps partiel, diminueraient d’autant la pression sur le fonds en matière de sorties d’argent.

Les deux autres recommandations concernent l’âge de la retraite. Les étudiants suggèrent à l’État de réévaluer cet âge à la lumière de l’espérance de vie moyenne, celle-ci ayant augmenté de 10 à 12 ans depuis les années 1950 aux États-Unis. Selon eux, nous sommes aujourd’hui en meilleure santé à 60 ou à 70 ans qu’il y a un demi-siècle. L’âge de la retraite devrait donc être réajusté en tenant compte de la norme réajustée qui existe dans les autres pays développés.

Les trois étudiants ont remporté un prix de 10 000$ pour leurs efforts. Dans les prochains mois, Léa Capobianco effectuera un stage à la Banque Scotia et Pierre-Yves Gendron fera de même à la Caisse de dépôt et placement du Québec. «Notre expérience à la compétition fut très formatrice et nous sera clairement utile dans nos futurs stages et futures carrières», affirme ce dernier.

mcgill1-gendron-capobianco-boivin-cr-aucun
Pierre-Yves Gendron, Léa Capobianco et Gabriel Boivin ont reçu une bourse de 10 000$ pour leur deuxième place au McGill International Portfolio Challenge.

finance

La majorité des fonds de pension américains font face à des déficits actuariels majeurs. En revanche, la majorité des grands fonds de pension canadiens sont en très bonne santé financière.

Écrivez-nous
Partagez
ULaval nouvelles