Des chercheurs de la Faculté de médecine viennent de découvrir un mécanisme qui pourrait être mis à profit dans le traitement des traumatismes cérébraux ou des maladies neurodégénératives tels le parkinson et l’alzheimer. «Parce que ce mécanisme se produit naturellement dans le cerveau et qu’il ne fait pas intervenir de cellules étrangères au corps, comme des cellules souches embryonnaires par exemple, il n’y a pas de risque de rejet ni de problèmes éthiques», souligne Armen Saghatelyan, le responsable de cette étude publiée dans l’édition du 1er avril de la revue The Journal of Neuroscience.
   
Contrairement à ce que l’on croyait il y a quelques décennies, le cerveau adulte possède une certaine capacité de régénération. En effet, des cellules souches propres au cerveau — nommées précurseurs neuronaux — sont produites dans sa zone postérieure. Pour devenir des neurones fonctionnels capables de remplacer des cellules mortes ou endommagées, ces précurseurs doivent toutefois se rendre dans la région antérieure du cerveau, là où se produit leur différenciation. Les mécanismes utilisés par les précurseurs neuronaux pour trouver leur chemin à travers un dédale de cellules et atteindre leur destination constituaient un mystère. Et c’est ce mystère qu’a résolu l’équipe du Centre de recherche Université Laval-Robert-Giffard.
   
Les expériences que ces chercheurs ont menées sur des souris ont révélé que les précurseurs neuronaux suivent étroitement certains vaisseaux sanguins pendant leur migration. Grâce à des techniques d’imagerie, ce phénomène a d’ailleurs été capté sur vidéo (voir le www.jneurosci.org/content/vol29/issue13/images/data/4172/DC1/Movie_S4.mov). Contrairement aux autres vaisseaux du cerveau, les vaisseaux que longent les précurseurs courent linéairement sur des distances relativement longues et synthétisent une protéine appelée BDNF. C’est cette protéine qui servirait de signal pour guider la migration des précurseurs neuronaux. «C’est comme s’il existait une autoroute de BDNF que suivent les précurseurs pour se rendre à destination», résume Armen Saghatelyan.
   
Les chercheurs ont également prouvé que l’attrait des précurseurs neuronaux pour le BDNF pouvait être mis à profit à des fins thérapeutiques. En effet, ils sont parvenus à détourner les précurseurs de leur voie naturelle de migration et à les aiguiller vers une région choisie du cerveau en y injectant du BDNF à l’aide d’une micropipette. «Nous pourrions donc attirer les précurseurs neuronaux vers des régions du cerveau affectées par un traumatisme ou par une maladie de façon à en faciliter la régénération. Il nous reste maintenant à trouver comment orienter la différenciation des précurseurs pour qu’ils deviennent le type de neurones que nous souhaitons remplacer», explique le professeur Saghatelyan.
   
L’étude publiée dans The Journal of Neuroscience est signée par Marina Snapyan, Morgane Lemasson, Mathieu Blais, Mireille Massouh, Claude Gravel, François Berthod, André Parent et Armen Saghatelyan, de la Faculté de médecine, et par leurs collaborateurs Monika S. Brill, Jovica Ninkovic, Magdalena Götz et Philip A. Barker.