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Volume 52, numéro 9 | 10 novembre 2016

À la une

Une alimentation plus santé et plus verte


La Chaire industrielle CRSNG en procédés électromembranaires promet de verdir l’assiette des Québécois

Par Jean Hamann

Les Canadiens sont de plus en plus exigeants quand il est question de leur alimentation. Ils veulent non seulement que les aliments qu’ils consomment leur fournissent les éléments nutritionnels dont leur corps a besoin, mais ils s’attendent en plus à ce qu’ils leur procurent des bienfaits santé. Il faut ajouter à cela que la production de ces aliments doit maintenant se faire dans le plus grand respect possible de l’environnement. Une partie de la réponse à ces nombreuses exigences pourrait bien se trouver dans les technologies que le professeur Laurent Bazinet, du Département des sciences des aliments, peaufine depuis une quinzaine d’années à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels. Grâce à l’appui de plusieurs partenaires industriels et financiers, le professeur Bazinet dispose maintenant des moyens nécessaires pour développer de nouvelles applications pour les procédés électromembranaires et pour faire passer ces technologies du laboratoire aux entreprises.

En effet, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) vient d’accorder une somme de 575 000 $ au professeur Bazinet pour la création de la Chaire de recherche industrielle CRSNG en procédés électomembranaires visant l’amélioration de l’écoefficience de lignes de production bioalimentaire. Les entreprises québécoises Fruit d’Or, Parmalat et Ocean NutraSciences, ainsi que les entreprises européennes Amer-Sil et Eurodia verseront, ensemble, une somme équivalente. À ce montant s’ajoutent une contribution de 385 000 $ du Fonds d’enseignement et de recherche François-Bourgeois en sciences et génie alimentaire, géré par La Fondation de l’Université Laval, et une contribution de 322 000 $ de l’Université Laval. «En incluant les contributions en nature des entreprises, le budget de la Chaire atteint environ 2,1 millions sur cinq ans, précise Laurent Bazinet. Une partie importante de cette somme servira au soutien financier des cinq doctorants, sept étudiants à la maîtrise et au moins cinq stagiaires de premier cycle qui participeront aux travaux de la Chaire.»

Les procédés électromembranaires permettent de trier les molécules présentes dans un mélange, qu’il s’agisse de lait ou d’un jus de fruit par exemple. L’échantillon est placé dans un contenant compartimenté à l’aide de membranes, aux extrémités duquel sont placées des électrodes. Lorsqu’un faible champ électrique est appliqué sur ce système, les molécules migrent d’un compartiment à l’autre, triées par les membranes, en fonction de leur charge électrique et de leur taille. On peut ainsi isoler des fractions qui possèdent une activité biologique particulière pour enrichir certains aliments, en faire des suppléments ou encore pour retirer des molécules jugées indésirables d’un produit. «Il s’agit de technologies vertes qui ne font appel à aucun produit chimique pour la séparation ou l’extraction des molécules, précise le chercheur. De plus, les coproduits peuvent être facilement valorisés.»

Le professeur Bazinet explore le potentiel de ces technologies depuis ses études de maîtrise menées à l’Université Laval à la fin des années 1990. Ses travaux sur le sujet ont conduit à la publication de plus de 160 articles scientifiques et à 4 brevets. «Et il y en a un cinquième en route», ajoute-t-il. Au cours des dernières années, il a fait appel aux procédés électromembraires pour produire, par exemple, du jus de canneberge moins acide et plus santé, une boisson au thé vert enrichie en antioxydants, des lipides neuroprotecteurs à partir du petit lait, des peptides antimicrobiens à partir de résidus de crustacés et des peptides antihypertenseurs à partir du lait.

La création de la Chaire de recherche CRSNG en procédés électromembranaires permettra la poursuite des travaux de son équipe, le développement de nouveaux projets répondant aux besoins des partenaires industriels, ainsi que la mise à l’échelle de ces procédés pour leur application éventuelle en entreprise. Au Canada seulement, le chiffre d’affaires des aliments santé atteint environ 11 milliards de dollars par année et le taux annuel de croissance est de 6 %. «Les procédés électromembranaires peuvent aider les entreprises à relever les défis d’innovation et de performance qui les attendent, en plus de réduire leurs impacts sur l’environnement. L’un des volets de nos travaux porte justement sur l’évaluation de l’écoefficience de ces procédés.»

Pour les trois partenaires industriels québécois, les travaux de la Chaire constituent une opportunité à saisir pour améliorer leurs procédés et leur compétitivité. «Bien que nous produisions déjà différents ingrédients à partir de ressources marines, notre collaboration avec l’Université Laval nous permettra de développer d’autres produits innovants et de diversifier nos marchés», a souligné Gilles Desjardins, président-directeur général chez Ocean NutraSciences au moment du lancement de la Chaire. Du côté de Parmalat Canada, le partenariat avec l’équipe de Laurent Bazinet servira à «intégrer aux opérations de la division des ingrédients laitiers de nouvelles technologies basées sur le concept d’écoefficience, ce qui nous permettra d’améliorer notre compétitivité et notre part de marché dans ce secteur», a précisé Sami Gaaloul, directeur des services techniques de l’entreprise. Sylvain Dufour, vice-président des ventes, du marketing et du développement des affaires chez Fruit d’Or, espère que l’association avec la Chaire conduira à l’émergence de nouvelles technologies et de produits novateurs. «Nous croyons que ce partenariat sera porteur tant pour nos entreprises que pour l’ensemble de la société.»

Pour sa part, le recteur Denis Brière a souligné que les travaux menés dans le cadre de cette chaire favoriseront la compétitivité de l’industrie canadienne de la transformation des aliments et des boissons, qui génère 300 000 emplois et des revenus de 77,7 milliards $ par année. «La croissance du secteur des ingrédients santé et des aliments fonctionnels, secteur où l’Université Laval exerce déjà un fort leadership, sera elle aussi soutenue par les travaux de cette nouvelle chaire», a-t-il ajouté.


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Le titulaire de la Chaire est entouré de ses partenaires et des représentants de l’Université Laval. De gauche à droite: Denis Brière, recteur de l’Université Laval, Guy Dauwe, directeur général d’Amer-Sil, Louise Bourgeois, présidente de la Fondation François-Bourgeois, Sami Gaaloul, directeur des services techniques de Parmalat Canada, Florence Lutin, directrice Recherche et Développement d’Eurodia, Laurent Bazinet, titulaire de la Chaire et professeur au Département des sciences de l’alimentation de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Raquel Zorrilla-Cantu, chargée de projet R&D pour Fruit d’Or, Gilles Desjardins, président-directeur général de Ocean NutraSciences, Sylvie Turgeon, directrice par interim de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, et Jean-Claude Dufour, doyen de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation.
Photo: Marc Robitaille

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Le titulaire de la Chaire, Laurent Bazinet, étudie les procédés électromembranaires depuis plus de 15 ans. Ses travaux sur le sujet ont conduit à la publication d'environ 160 articles scientifiques et à 5 brevets.

Photo: Marc Robitaille

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