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Volume 53, numéro 7 | 12 octobre 2017

Société

Appel à la dignité

Les êtres humains ont le devoir de protéger l'environnement dans lequel ils vivent

Par Renée Larochelle

Réfléchir et échanger autour de la responsabilité de protéger l’environnement à la lumière de la dignité humaine, c’est la tâche que s’étaient donnée les participants au colloque international La responsabilité de protéger. Écologie et dignité, qui a eu lieu récemment au pavillon Alphonse-Desjardins. Organisé par la Chaire d’enseignement et de recherche La philosophie dans le monde actuel, cet événement réunissait des spécialistes provenant de diverses disciplines, dont la biologie, le droit, l’anthropologie, la géographie et les sciences politiques.

Lors de la conférence d’ouverture, le responsable de ce colloque et professeur émérite à la Faculté de philosophie, Thomas De Koninck, a parlé de cette zone fragile qu’est le Grand Nord, «une zone directement concernée par les conséquences des transformations du climat et de la fonte des glaces sur la vie humaine, animale et végétale». Sous l’effet des grands courants marins, toute la pollution du monde s’accumule dans le Nord, qui devient alors une sorte de baromètre pour l’avenir de la planète, affirme le philosophe. En ce sens, croit-il, la position géopolitique du Canada le désigne tout naturellement à tenir le rôle de sentinelle; le pays a donc une grande responsabilité. Individuellement, les humains doivent se considérer comme des personnes responsables ayant à répondre de leurs choix et de leurs actes. Enfin, estime Thomas De Koninck, on doit se pencher sur ce que signifie le vivre-ensemble avec la nature et avec autrui, en commençant par prendre en considération les personnes les plus exposées à la dégradation de l’environnement, comme les autochtones du Nord-du-Québec.

Lors d’une table ronde, Paule Halley, professeure à la Faculté de droit, a entretenu l’auditoire de la notion de verdissement de la souveraineté canadienne dans l’Arctique. Ce verdissement touche à la responsabilité de l’État de protéger l’environnement sur son territoire et les peuples qui en dépendent pour leur subsistance. «Avec les effets des changements climatiques, la région devient plus facile d’accès par la navigation et ses ressources plus attrayantes pour la communauté des États, ce qui ravive les pressions sur le Canada de démontrer qu’il exerce sa souveraineté sur l’archipel arctique et les eaux qui le baignent», a souligné Paule Halley. Or, actuellement, les intérêts du droit économique dominent dans les débats entourant l’exercice de la souveraineté canadienne dans l’Arctique. Ces intérêts économiques s’exercent au détriment des droits humains et de l’environnement pourtant inscrits dans divers traités internationaux et conventions. Finalement, le développement de l’Arctique n’apparaît pas fondé sur l’objectif du développement durable, estime Paule Halley.

Conférencière lors de cette table ronde, la sénatrice Renée Dupuis a affirmé que l’écologie sans la dignité humaine constituait une véritable impasse. Selon cette militante pour l’autonomie gouvernementale des autochtones, «causer du tort aux autres engendre le devoir de réparer.» Également conférencier, Jean-Charles Piétacho, chef de la communauté innue d’Ekuanitshit, située à 200 km à l’est de Sept-Îles, a déploré le fait que la voix des autochtones ne soit pas entendue. «En 1999, nos communautés ont commencé à parler des changements climatiques, mais personne ne nous a écoutés. Aujourd’hui, dans notre région, nous avons les deux pieds dans l’eau, et les icebergs fondent dans le Grand Nord. Un désastre!»

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Photo: Michel Thibert

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