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Volume 52, numéro 26 | 4 mai 2017

Arts

Au temps des Lumière

Les collections de la Bibliothèque de l'Université s'enrichissent de centaines de caméras et d'appareils de «précinéma» grâce à la contribution d'un généreux donateur

Par Matthieu Dessureault

François Lemai est ce qu’on peut appeler un collectionneur passionné! Cinéphile et amateur d’antiquités, il a accumulé au fil du temps une impressionnante quantité de caméras et de projecteurs datant d’aussi loin que 1830. Ces objets montrent avec éloquence les changements technologiques qui ont bouleversé l’histoire du cinéma. «L’intérêt de cette collection est qu’elle est très représentative de tout ce qui a été fabriqué dans le monde depuis la projection des frères Lumière, considérée comme les débuts du cinéma. On trouve aussi plusieurs lanternes magiques, l’ancêtre des appareils de projection. Environ 60% des pièces n’ont jamais été vendues ni au Québec ni au Canada. Peu de collections dans le monde, voire aucune, offre un aussi large éventail», raconte celui qui a fait don à l’Université de 200 de ces appareils. À terme, ce sont environ 2 000 objets qui viendront garnir les collections de la Bibliothèque. À cela s’ajoutent plusieurs centaines de films en format 35 mm ainsi que des plaques de lanternes magiques.

Français d’origine, François Lemai tenait à ce que sa collection demeure au Québec, sa terre d’adoption. Au départ, il avait acheté un presbytère qu’il prévoyait convertir en musée. C’est en discutant avec Jean-Pierre Sirois-Trahan, professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma, qu’il a changé d’idée et qu’il s’est tourné vers l’Université Laval. «Créer un musée demande des fonds, une équipe et beaucoup de préparation. La Bibliothèque avait à la fois l’espace et la volonté pour conserver précieusement les objets. L’enthousiasme de Jean-Pierre Sirois-Trahan a cassé mon hésitation et m’a fait réaliser l’importance de ma collection sur les plans de la recherche et de l’enseignement», dit-il.

Ce don permettra à l’équipe de la Bibliothèque d’organiser diverses expositions thématiques et activités de médiation culturelle. Le professeur Sirois-Trahan prévoit aussi la tenue d’un colloque réunissant plusieurs chercheurs. Pour ce spécialiste du cinéma des premiers temps, cette collection positionne l’Université parmi les grands joueurs du domaine de la conservation. «La valeur patrimoniale et historique de ces objets est pratiquement inestimable. Grâce à ce don, l’Université peut maintenant tutoyer les grandes cinémathèques. Aucune autre université dans le monde, sauf erreur, ne possède une collection semblable.»

La valeur patrimoniale est une chose, mais ce n’est pas tout. Derrière la plupart des objets se cache une histoire, que François Lemai se plaît à raconter. Le volubile collectionneur donne en exemple la caméra Éclair Gillon 35 mm, qui date de 1912. Tout simple en apparence, ce petit appareil n’en demeure pas moins très précieux. «Quand je l’ai achetée sur eBay, la caméra était non identifiée. Son propriétaire avait mis une photo sans description. Après quelques recherches, j’ai trouvé son brevet de fabrication. Il s’agit d’une caméra prototype de la compagnie Éclair, qui a possiblement été utilisée par le célèbre réalisateur Maurice Tourneur. Plus encore, j’ai trouvé la copie d’une photographie prise lors de la Révolution mexicaine, entre 1910 et 1920; on y voit un cinéaste qui tourne avec cette caméra durant la guerre!»

Les anecdotes comme celle-ci pleuvent. Pour Jean-Pierre Sirois-Trahan, tous ces objets viendront alimenter de nombreuses recherches. Il en profitera également pour bonifier le contenu de ses cours. «Avec la numérisation des archives, on pourrait croire qu’une telle collection n’a pas d’importance, mais c’est tout le contraire. De plus en plus, le monde de la recherche retourne à la matérialité. L’aspect matériel est primordial puisqu’il n’y a pas d’histoire sans archives, pas d’archives sans traces et pas de traces sans matérialité. Manipuler une caméra permet d’en étudier les usages et ainsi de mieux comprendre la démarche esthétique des cinéastes qui l’ont utilisée. En plus d’être fondamentaux pour la recherche, ces objets historiques sont très enrichissants du point de vue de l’enseignement. Il suffit de voir les yeux pétillants des étudiants quand j’apporte en classe le même modèle que la caméra de Chaplin!»

Plus d’information sur les collections d’objets et de spécimens de la Bibliothèque


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Loubna Ghaouti, directrice de la Bibliothèque, François Lemai, donateur, Bernard Garnier, vice-recteur aux études et aux activités internationales, Jean-Pierre Sirois-Trahan, professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma, et Yves Bourget, président-directeur général de La Fondation de l’Université Laval.
Photo: Nicola-Frank Vachon

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Une activité de reconnaissance, organisée par La Fondation de l'Université Laval et la Bibliothèque, a permis de découvrir une dizaine d'appareils rares, dont des lanternes magiques et les premiers modèles de caméra.

Photo: Nicola-Frank Vachon

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