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Volume 54, numéro 6 | 4 octobre 2018

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Avez-vous assez de carburant dans le réservoir?

Un outil simple pour déterminer si un athlète d'endurance consomme suffisamment de glucides

Par Jean Hamann

Vous vous entraînez pour un marathon, une épreuve de longue distance à vélo ou un triathlon sans profiter des conseils d’une nutritionniste? Il se pourrait fort bien que vous fassiez partie des athlètes d’endurance qui ne consomment pas suffisamment de glucides, le principal carburant des muscles. Une équipe de l’École de nutrition et de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) a développé un outil simple et efficace qui permet de tirer rapidement la question au clair. Cet outil fait l’objet d’une publication qui vient d’être mis en ligne dans le site du Journal of the International Society of Sports Nutrition.

Rappelons que les glucides sont une composante essentielle de l’alimentation des personnes pratiquant des sports d’endurance. Selon l’intensité de l’entraînement, il est recommandé aux athlètes de consommer quotidiennement entre 6 g et 10 g de glucides par kilogramme de poids corporel. Si le corps manque de glucides, les entraînements ne sont pas effectués à une intensité optimale, le processus de récupération musculaire est plus lent et le système immunitaire peut écoper, ce qui se répercute sur les performances. Plusieurs études réalisées auprès d’athlètes d’endurance, amateurs ou d’élite, ont montré que la majorité d’entre eux n’atteint pas le seuil minimal recommandé pour les glucides.

Il existe des outils permettant d’estimer avec précision la quantité de glucides consommés par une personne à partir d’un compte rendu détaillé de tous les aliments – et des quantités de chacun – consommés pendant une journée typique ou une période plus longue, signale l’étudiante-chercheuse Stéphanie Harrison. «Certains font appel à des questionnaires de rappel alimentaire ou à des journaux dans lesquels les personnes doivent noter soigneusement tout ce qu’elles consomment. Ces approches sont exigeantes et fastidieuses pour les athlètes et elles requièrent l’expertise d’une nutritionniste pour l’interprétation des données. Notre objectif était de développer un outil simple et efficace pouvant être utilisé par des entraîneurs ou des athlètes pour dépister une sous-consommation de glucides.»

Pour développer cet outil, une équipe de l’École de nutrition et de l’INAF a fait appel à des données recueillies auprès de 1571 personnes ayant participé antérieurement à des études menées à l’INAF. À partir des réponses fournies aux 136 items d’un questionnaire de rappel alimentaire, les chercheurs ont isolé 15 aliments et boissons qui, pris dans leur ensemble, prédisent si une personne atteint le seuil recommandé pour les glucides. Ils ont ensuite appliqué leur modèle à un groupe de 175 athlètes non-élite qui avaient pris part à des triathlons ou au pentathlon des neiges. Les données sur leur alimentation avaient permis d’établir que 63% d’entre eux étaient sous la limite quotidienne recommandée pour les glucides. «Les analyses montrent que notre outil a une sensibilité de 90% et une spécificité de 87%. Son pouvoir de prédiction et sa précision pour dépister les athlètes à risque de ne pas consommer suffisamment de glucides sont donc très élevés», résume Stéphanie Harrison.

Certains des 15 items qui font partie du modèle – le riz et les pâtes, par exemple – ne constitueront pas une surprise pour les gens qui s’y connaissent minimalement en alimentation sportive. D’autres éléments de la liste – la salade, la laitue, les épinards et les melons – étonnent. «Ce n’est pas en raison de leur apport en glucides qu’ils figurent dans le modèle, reconnaît l’étudiante-chercheuse. Nous croyons qu’il s’agit d’indicateurs d’un patron alimentaire comportant beaucoup de fruits et de grains entiers.» Enfin, la présence d’éléments comme des boissons sucrées (trois fois par jour) ou encore du sirop de chocolat ou de la tartinade de noisettes (deux fois par jour) font carrément sourciller. «Notre outil n’est pas un guide alimentaire pour atteindre les recommandations visant les glucides, insiste Stéphanie Harrison C’est un outil statistique de dépistage et il faut considérer les 15 items dans leur ensemble.»

Les chercheurs espèrent pouvoir créer dès cet automne une plateforme en ligne qui permettra à ceux qui le désirent d’utiliser cet outil. Surveillez ULaval nouvelles au cours des prochaines semaines pour plus de détails à ce sujet.

L’article publié dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition est signé par Stéphanie Harrison, Élise Carbonneau, Simone Lemieux et Benoît Lamarche, de l’École de nutrition et de l’INAF, et par Denis Talbot, de la Faculté de médecine.

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L'outil développé par les chercheurs permet de dépister une sous-consommation de glucides chez des athlètes qui pratiquent une discipline d'endurance. Lorsque l'apport en glucides est insuffisant, les entraînements ne sont pas effectués à une intensité optimale, le processus de récupération musculaire est plus lent, le système immunitaire peut écoper et les performances en souffrent.

Photo: La Clinique du Coureur

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