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Volume 53, numéro 25 | 19 avril 2018

À la une

Besoin de fer?

Des chercheurs évaluent la pertinence d'une supplémentation en fer pour les personnes fatiguées qui ne sont pas anémiques

Par Jean Hamann

Vous vous sentez fatigué, vous n’avez plus d’entrain, vos réserves d’énergie sont à plat, mais vos analyses sanguines indiquent que vous ne souffrez pas d’anémie? Des aliments riches en fer ou des suppléments de fer pourraient tout de même vous regaillardir, suggère une méta-analyse réalisée par une équipe de 12 chercheurs canadiens, dont Alexis Turgeon, de la Faculté de médecine et du CHU de Québec – Université Laval. Cet apport en fer ne fera pas de prodiges sur le plan de vos capacités physiques, mais il pourrait toutefois réduire votre perception de fatigue, concluent les chercheurs dans un article publié par le British Medical Journal Open.

«Le manque de fer touche environ 2 milliards de personnes sur la planète. Selon l’Organisation mondiale de la santé, c’est la carence alimentaire la plus répandue», souligne Alexis Turgeon. Lorsque cette carence entraîne une baisse importante de la production des globules rouges, on dit qu’il y a anémie de type ferriprive. Cette condition se traduit souvent par de la fatigue et par une capacité réduite de travail musculaire dont l’importance est en lien direct avec la gravité de l’anémie. Chez les personnes souffrant d’anémie, la prise de suppléments de fer aide à corriger ces problèmes. Par contre, l’effet d’une supplémentation en fer chez les personnes qui ont une carence en fer sans pour autant être anémiques ne fait pas consensus.

Pour tenter d’y voir plus clair, le professeur Turgeon, qui dirige le Centre Cochrane Canada francophone au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, et ses collaborateurs ont écumé la littérature scientifique sur le sujet. Ce travail leur a permis de réunir 18 études randomisées portant sur 1 170 sujets non anémiques qui avaient une carence en fer. L’analyse détaillée de ces études suggère que la prise de suppléments de fer pendant un mois n’améliore pas la capacité de travail musculaire, les performances à des épreuves chronométrées ou la consommation maximale d’oxygène chez les personnes qui ne sont pas anémiques. Par contre, cet apport en fer entraîne une augmentation du taux d’hémoglobine et de fer dans le sang ainsi qu’une réduction des indicateurs servant à évaluer subjectivement la fatigue.

La fatigue est un problème très courant dans la population et chez les personnes qui consultent leur médecin. Selon différentes études consacrées à la question, sa prévalence va de 7% à 45%. Aux États-Unis seulement, les coûts économiques indirects engendrés par la fatigue se chiffrent à plus de 9 G$ par année. «Il y aurait lieu d’envisager la consommation d’aliments riches en fer ou une supplémentation en fer pour les personnes qui ressentent de la fatigue et qui ont un taux de fer bas, même si elles ne sont pas anémiques, résume le professeur Turgeon. Cette approche est déjà répandue en milieu clinique, mais, avant d’en faire une recommandation de bonne pratique, il faudrait un niveau de preuve plus élevé. Considérant la prévalence de la carence en fer, il serait facile de recruter suffisamment de sujets pour mener une étude randomisée permettant de tirer la question au clair de façon rigoureuse.»

Le professeur Turgeon met en garde les personnes fatiguées qui seraient tentées de s’autoprescrire des suppléments de fer pour améliorer leur condition. «Il n’y a qu’une façon de savoir si vous avez une carence en fer et c’est de consulter votre médecin qui demandera un test de fer sanguin pour vous. Sauf dans certaines situations précises, l’autodiagnostic n’est jamais une bonne idée.»

fatigue

Les études consacrées à la fatigue rapportent que ce problème touche de 7% à 45% de la population et des patients qui consultent pour des soins de première ligne.

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