N’en déplaise aux gourous de l’alimentation holistique, hypotoxique ou paléolithique, les produits laitiers ne provoqueraient pas de réponses inflammatoires dans le corps humain lorsqu’on les consomme en quantités modérées. C’est la conclusion à laquelle arrivent des chercheurs de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) après avoir passé en revue les études sérieuses documentant la question.

Les diètes qui prétendent soulager l’inflammation et la douleur ont la cote par les temps qui courent. Et pour cause puisque de plus en plus de problèmes de santé sont liés à une réponse inflammatoire de l’organisme. Parmi ceux-ci se trouvent l’athérosclérose, le syndrome métabolique, le diabète, les maladies cardiovasculaires et les problèmes articulaires. Plusieurs diètes anti-inflammatoires, notamment celles préconisées par les médecins Andrew Weil aux États-Unis et feu Jean Seignalet en France, placent les produits laitiers parmi les aliments à proscrire. À tort ou à raison?

Pour tirer la question au clair, Marie-Ève Labonté, Patrick Couture, Caroline Richard, Sophie Desroches et Benoît Lamarche ont passé en revue huit études permettant d’évaluer l’effet de la consommation de produits laitiers sur les principaux biomarqueurs d’inflammation généralisée que l’on trouve dans le sang. Résultats? Quatre études n’ont montré aucun effet sur les marqueurs d’inflammation, une autre a livré des résultats opposés selon les marqueurs considérés et les trois dernières leur attribuent un effet anti-inflammatoire, rapportent les chercheurs dans l’American Journal of Clinical Nutrition. «Nos analyses n’appuient pas l’hypothèse voulant que les produits laitiers favorisent l’inflammation», résume Benoît Lamarche.

Selon le chercheur, cette réputation non fondée découlerait d’une généralisation abusive de cas particuliers. «Il y des gens qui ont des allergies ou des intolérances à certaines composantes du lait, et d’autres souffrant de problèmes inflammatoires intestinaux, qui doivent éviter plusieurs aliments dont les produits laitiers. On a extrapolé à tort ces situations à toute la population.»

Le professeur Lamarche constate que la lutte contre l’inflammation est devenue la nouvelle mode côté nutrition. Il ne nie pas l’existence d’aliments ayant un tel effet sur l’organisme – «un repas de restauration rapide suffit pour faire grimper les marqueurs sanguins d’inflammation». Il estime toutefois qu’un bon ménage s’impose dans la liste des aliments condamnés ou encensés.

«Beaucoup de nos connaissances à ce sujet reposent sur des études populationnelles qui permettent difficilement d’isoler l’effet d’un aliment en particulier. La conséquence est qu’il existe encore peu de données probantes démontrant clairement l’effet d’une composante alimentaire sur le processus inflammatoire. Je dis souvent à mes étudiants que le livre de la nutrition est en voie d’être réécrit sous nos yeux à la lumière d’études cliniques rigoureuses.»

Le chercheur et son équipe ajouteront bientôt un chapitre à cet ouvrage en constante réédition. En effet, ils terminent une étude clinique, à laquelle ont participé 120 sujets, qui examine précisément l’effet des produits laitiers sur les processus inflammatoires.