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Volume 53, numéro 20B | 23 février 2018

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Une bouffée d’air frais contre l’insomnie

Il existe une approche simple pour améliorer le sommeil des femmes ménopausées aux prises avec des bouffées de chaleur

Par Jean Hamann

L’insomnie compte parmi les problèmes les plus courants au moment de la ménopause, notamment en raison des bouffées de chaleur qui tirent les femmes de leur sommeil et les laissent en nage. Bonne nouvelle pour toutes celles qui doivent composer avec ces crises nocturnes, le meilleur traitement pour améliorer la qualité de leur sommeil est une thérapie facilement applicable qui repose sur des changements d’habitudes de vie et de croyances par rapport au sommeil. Voilà ce qui se dégage d’une étude publiée dans la revue Sleep par une équipe formée de 12 chercheurs américains et du professeur Charles Morin, de l’École de psychologie et du Centre de recherche CERVO.

Entre 25% et 35% des femmes souffrent d’insomnie au moment de la ménopause, une prévalence deux à trois fois plus élevée que celle observée dans la population en général, rappelle Charles Morin. Les flambées de température corporelle provoquées par les changements hormonaux y sont pour quelque chose, mais elles n’expliquent pas toute l’histoire. «Nos travaux montrent que les bouffées de chaleur surviennent parfois après le réveil, précise le chercheur. Par ailleurs, il se peut que ces manifestations physiologiques soient un élément déclencheur de l’insomnie, mais que des facteurs psychologiques contribuent à son maintien. Se réveiller en sueur au milieu de la nuit en se disant qu’il faut absolument se rendormir parce qu’une grosse journée de travail nous attend dans quelques heures crée un contexte propice aux pensées négatives et au cercle infernal de l’anxiété et de l’insomnie.»

Le professeur Morin et ses collaborateurs ont comparé l’efficacité de sept approches contre les bouffées de chaleur et l’insomnie testées chez 546 femmes. Les participantes souffraient d’insomnie modérée (un score de plus de 12 sur l’échelle de sévérité de l’insomnie qui va de 0 à 28) et elles avaient au moins 14 bouffées de chaleur par semaine. Les traitements testés pendant 8 à 12 semaines comprenaient la prise d’oméga-3, d’hormone 17-bêta-estradiol ou de deux antidépresseurs prescrits contre les bouffées de chaleur. Les tests ont aussi porté sur trois approches non pharmacologiques, soit l’activité physique, le yoga et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) contre l’insomnie.

Les analyses des chercheurs révèlent que toutes les approches, sauf la prise d’oméga-3, produisent une certaine amélioration de la qualité du sommeil. La palme de l’efficacité revient toutefois à la TCC qui a permis une réduction de 5,2 points de l’indice de sévérité de l’insomnie. À titre comparatif, l’activité physique et l’antidépresseur venlafaxine (Effexor), qui viennent au 2e et au 3e rang sur le plan de l’efficacité, ont produit une baisse de 2,2 points. «Après 8 semaines de traitement, 70% des participantes du groupe TCC étaient considérées en rémission d’insomnie, précise le professeur Morin. L’intervention n’a pas eu d’effet sur le nombre de bouffées de chaleur, mais elle a réduit leur degré d’interférence avec les activités quotidiennes.»

Développée en bonne partie par l’équipe de Charles Morin au cours des trois dernières décennies, la TCC attaque l’insomnie sur deux fronts. D’une part, elle encourage un changement des croyances liées au sommeil, par exemple qu’il est nécessaire de dormir huit heures chaque nuit pour être en forme et en santé. D’autre part, elle vise à instaurer des habitudes de vie propices au sommeil telles qu’aller se coucher uniquement lorsqu’on se sent fatigué, utiliser le lit exclusivement pour dormir, se lever si le sommeil ne vient pas après 20 minutes, et sauter du lit à la même heure chaque matin, peu importe le nombre d’heures dormies la nuit précédente. Les études menées sur la TCC indiquent qu’elle atténue la gravité de l’insomnie chez 80% des sujets, incluant une rémission dans 60% des cas.

Malheureusement, déplore le professeur Morin, l’insomnie est le parent pauvre des troubles du sommeil et les personnes qui en souffrent sortent souvent du cabinet du médecin avec une prescription de somnifères. «Pourtant, en 2016, l’American College of Physicians a reconnu que la TCC devrait être le premier traitement recommandé aux personnes qui souffrent d’insomnie, souligne-t-il. Au Québec, pour profiter des avantages de la TCC dans des délais raisonnables, il faut consulter des psychologues qui pratiquent en clinique privée et payer de sa poche.»

Le professeur Morin et la doctorante Orlane Ballot poursuivent des travaux sur l’insomnie au moment de la ménopause et ils sont à la recherche de participantes de 45 à 55 ans avec ou sans problème de sommeil.

insomnie

Entre 25% et 35% des femmes souffrent d'insomnie au moment de la ménopause, une prévalence deux à trois fois plus élevée que celle observée dans la population en général.

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