En août et septembre 2012, les partis politiques québécois étaient très présents dans le cyberespace lors de la campagne électorale qui s’est soldée par une victoire du Parti québécois. Ils ont diffusé de l’information et ont aussi dialogué ou échangé avec les internautes.

«Les stratèges des partis ont été influencés sans exception par la campagne Web de Barack Obama en 2008, explique Thierry Giasson, professeur au Département d’information et de communication. C’est un modèle pour eux.» Selon lui, cet exemple a forcé les partis politiques québécois à investir sérieusement la Toile, y compris les médias sociaux. «Ils ont inclus ces composantes dès les toutes premières phases d’élaboration des stratégies électorales, précise-t-il. Le Web, et surtout le Web social, est devenu un passage obligé. Ne pas y être nuirait à la crédibilité et à l’image d’un parti.»

Thierry Giasson codirige le projet de recherche enpolitique.com. Cette étude comparative québéco-française porte sur l’année 2012. L’équipe du professeur Giasson se penche sur les élections générales québécoises. Les chercheurs français, eux, planchent sur les élections présidentielle et législatives remportées par François Hollande et le Parti socialiste. L’analyse, de part et d’autre, est avancée. Et la prochaine année sera consacrée à l’analyse comparative.

Au Québec, Thierry Giasson et ses collaborateurs ont réalisé une vingtaine d’entretiens avec les stratèges des partis politiques. Ils ont aussi élaboré un questionnaire que plus de 800 internautes ont rempli après l’élection du 4 septembre. Les répondants avaient comme caractéristique commune d’avoir cherché ou partagé des informations de nature électorale durant la campagne. Enfin, les chercheurs ont recueilli des millions de données sur les sites électoraux des partis politiques, ainsi que sur leur page Facebook officielle et leur compte officiel Twitter. Toute la discussion citoyenne qui s’exprimait dans les espaces partisans, du message au commentaire, du tweet au «j’aime» et à la vidéo, a été recueillie en continu et archivée. La couverture a commencé une semaine avant le déclenchement de la campagne électorale. Elle s’est poursuivie une semaine après.

On estime que 1,5% des électeurs québécois ont un compte Twitter. Les habitués de la twittosphère politique à l’été 2012 étaient avant tout des citoyens qui connaissent bien la politique: des militants, des leaders d’opinion, des politiciens, des journalistes et des chroniqueurs. «Twitter, soutient Thierry Giasson, demeure un espace politique pour initiés. Les militants de partis de gauche y sont plus présents et mieux organisés en réseaux.»

En 2012, Jean Charest et Pauline Marois n’ont pas twitté durant la campagne électorale. Les autres chefs de parti, oui. La palme revient au chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. Pendant les 35 jours de la campagne, ce dernier a envoyé quelque 80 messages chaque jour, pour un total de 2 801 tweets. «C’est astronomique, souligne Thierry Giasson. Par ordre décroissant, Jean-Martin Aussant, d’Option nationale, a envoyé 281 tweets et Amir Khadir, de Québec solidaire, 276.»

Selon lui, les pourcentages plutôt faibles de tweets sur des enjeux majeurs comme le «printemps érable», l’éducation et les ressources naturelles reflète ce qui se produit depuis les années 1980 au Québec. «Les campagnes électorales, explique-t-il, ne sont plus des espaces de discussion sur les enjeux sociétaux. C’est plutôt un lieu où les partis et les médias préfèrent parler de réalités moins complexes comme les événements de la campagne, les coulisses de la campagne, les sondages et la personnalité des leaders.»
Autre phénomène: le temps de réaction des partis politiques n’existe plus en raison de l’effet Web. «Surtout avec Twitter, précise Thierry Giasson. Il faut être en veille constante, ce que les partis faisaient tous en 2012, et il faut être prêt à réagir instantanément aux attaques des autres.»

Le Web est devenu une vitrine de communication supplémentaire, un autre canal au service de la stratégie électorale des partis. En 2012, Option nationale et Québec solidaire ont privilégié les échanges sur la Toile. Le Parti québécois, le Parti libéral et la Coalition avenir Québec ont davantage favorisé la communication d’information. «La campagne électorale en ligne est au service de la campagne hors ligne, affirme-t-il. On semble s’en aller vers des campagnes plus hybrides où l’input des internautes est attendu, désiré et activé. Plusieurs stratèges québécois disent avoir créé des communautés solides de cybermilitants qu’ils veulent maintenant entretenir.»