C’est le message, grosso modo, lancé par Claudia Déméné aux participants du Web à Québec. Le 10 avril, dans le cadre de cet événement réunissant plusieurs acteurs du numérique, la professeure à l’École de design a donné une conférence sur l’obsolescence programmée des appareils électroniques. Fort controversée, cette pratique industrielle vise à réduire délibérément la durée de vie des produits afin de stimuler leur renouvellement.

Si certains fabricants sont soupçonnés de s’adonner à de telles stratégies, les consommateurs, eux aussi, peuvent être pointés du doigt. «Plusieurs décident de changer de produit, alors qu’il est encore fonctionnel. Bien que la durée de vie moyenne d’un cellulaire soit d’environ quatre ans, en général, les gens s’en débarrassent après deux ans lorsque leur contrat de téléphonie se termine. De leur côté, les ordinateurs portables, conçus pour durer de cinq à huit ans, sont changés au bout de deux à trois ans», a expliqué la conférencière.

La bonne nouvelle: il existe de nombreuses options pour défier l’obsolescence. Entre autres exemples, iFixit est un site Web qui permet aux consommateurs de réparer eux-mêmes leurs produits. Manuels de réparation, tutoriels et forums offrent des conseils pour remettre les appareils électroniques usagés, les électroménagers et les voitures en état de fonctionnement.

Autre initiative, BackMarket est une entreprise de vente en ligne pour les produits reconditionnés. Il y a également Buy Me Once et Produitsdurables.fr, qui recensent une foule d’objets durables. À ces sites s’ajoutent Fairephone, un téléphone intelligent conçu pour être facilement réparé par l’utilisateur, et L’Increvable, une machine à laver censée durer des décennies. De ce côté-ci de la frontière, il existe Électrobac, une compagnie montréalaise de recyclage de déchets électroniques.

À l’École de design, Claudia Déméné mène un projet de recherche qui vise à créer un affichage de la durée de vie des produits électroniques. «L’originalité de l’affichage est qu’elle se fait à travers la co-conception. Le projet implique plusieurs partenaires, dont le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Option consommateurs et Équiterre. Pour l’instant, nous sommes à l’étape un, qui est de développer l’affichage. À l’été, on testera le résultat auprès des consommateurs pour voir si l’affichage fait partie de leurs critères décisionnels pour acheter un produit», a indiqué Claudia Déméné.

La conférence de la professeure, présentée au lendemain du dépôt d’un projet de loi à l’Assemblée nationale visant à contrer l’obsolescence, s’est conclue sur une note d’espoir. «L’obsolescence programmée existe probablement pour certains produits, mais elle n’est pas généralisée à l’ensemble des appareils électroniques. À l’instar des fabricants, les consommateurs et les autorités politiques ont une responsabilité. Je ne suis pas défaitiste. Nous sommes en train, collectivement, de réfléchir aux façons de changer les choses.»