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Volume 52, numéro 26 | 8 mai 2017

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Un changement d’air salutaire

Les lichens ont fait un retour en force dans les quartiers centraux de Québec

Par Jean Hamann

Ils avaient disparu. Trente ans ont passé. Ils sont de retour. Les lichens sont revenus en force sur les arbres des quartiers centraux de Québec, révèle une étude menée par des étudiants de l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional (ÉSAD). L’explication la plus plausible à ce phénomène serait une amélioration globale de la qualité de l’air survenue au cours des dernières décennies dans la région de Québec, avancent les auteurs de l’étude, Catherine Bergeron, Gérard Denis, Romy Jacob-Racine et Michaël Leblanc.

Les lichens sont des organismes issus d’une symbiose entre un champignon, une algue et parfois une cyanobactérie. Dépourvus de système racinaire et de cuticule – la couche superficielle protectrice des plantes –, ils absorbent l’eau et les contaminants dissous directement de l’air. «Ces caractéristiques les rendent particulièrement sensibles aux polluants atmosphériques, ce qui en fait de bons bio-indicateurs de la qualité de l’air», a rappelé Michaël Leblanc lors de la plénière de l’essai-laboratoire de l’ÉSAD présentée le 28 avril sur le campus.

Dans un mémoire de maîtrise déposé en 1986, Jean Bérubé, aujourd’hui chercheur au Centre de foresterie des Laurentides et professeur associé au Département des sciences du bois et de la forêt, avait montré que les lichens étaient pratiquement absents sur l’écorce des arbres des quartiers centraux de Québec. Trente ans plus tard, les quatre étudiants, dont les travaux ont été supervisés par le professeur Claude Lavoie, sont retournés dans les mêmes sites que ceux étudiés par Jean Bérubé pour savoir comment les choses avaient évolué.

Leur constat: l’abondance des lichens a augmenté dans presque tous les secteurs de la région de Québec et ce sont principalement les espèces tolérantes aux polluants atmosphériques qui ont le mieux rebondi. «Cet accroissement est particulièrement marqué dans les quartiers centraux, a souligné Gérard Denis. Nos analyses révèlent que plus on se rapproche des sources de pollution atmosphérique telles que l’incinérateur, le port et la papetière, plus le pourcentage de couvert lichénique a augmenté. L’amélioration des procédés et des équipements industriels a pu favoriser la recolonisation du milieu par les lichens.»


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Répartition du couvert de lichens dans la région de Québec en 1986 (carte du haut) et en 2016.
Auteur: Gérard Denis


La plupart des stations où une diminution de lichens a été observée se trouvent dans la couronne de banlieues de Québec. Les causes avancées par les étudiants – l’étalement urbain, la transformation des habitats, les perturbations des processus naturels et du régime hydrologique local, la formation d’îlots de chaleur – sont hypothétiques pour le moment. À la lumière de cette étude, une chose est cependant certaine: le désert lichénique observé en 1986 dans les quartiers centraux de Québec est aujourd’hui chose du passé.

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Les lichens sont sensibles aux polluants atmosphériques, ce qui en fait de bons bio-indicateurs de la qualité de l'air. Depuis 30 ans, leur abondance a augmenté dans presque tous les secteurs de la région de Québec. Les espèces tolérantes aux polluants, comme Xanthomendoza fallax, à droite, ont connu un accroissement plus marqué que les espèces sensibles comme Flavoparmelia caperata, à gauche.

Photo: Gérard Denis

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