Logo Université Laval Logo Université Laval

Volume 54, numéro 6 | 25 octobre 2018

Chercheuses passionnées, vulgarisatrices de talent

Le concours Cogito a récompensé des travaux sur la transmission des PME et sur les difficultés de langage des enfants négligés

Par Yvon Larose

L’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS) a dévoilé les noms des lauréats du concours de vulgarisation Cogito 2017-2018. L’annonce a eu lieu le vendredi 12 octobre à l’Espace jardin du pavillon Alphonse-Desjardins. Cogito est un concours interfacultaire qui, sous forme d’émissions télévisées, met en valeur des travaux de recherche vulgarisés. Plusieurs critères relatifs à la communication ont conduit à la sélection des gagnants. Parmi ces critères, il y avait l’aptitude à captiver, l’utilisation d’un langage clair, concret et structuré, et la capacité à bien expliquer ses hypothèses ou ses résultats de recherche.

Le premier prix dans la catégorie «Meilleurs exercices de vulgarisation lors des rencontres longues» a été décerné à Marie-Josée Drapeau. Doctorante en sciences de l’administration, celle-ci est également chargée de cours au Département de management. Dans les années à venir, de nombreuses PME québécoises seront à vendre ou à transférer. Or, on connaît assez mal le processus décisionnel relatif au moment et à la façon dont ces propriétaires-dirigeants sortiront de leur entreprise.

«Pour des dirigeants issus d’une génération ayant appris à devenir entrepreneur sur le tas, la plupart sans plan d’affaires au démarrage, et qui ont dirigé leur entreprise avec succès, peut-on vraiment s’attendre à ce qu’ils aient un plan formel de planification de leur sortie entrepreneuriale? demande Marie-Josée Drapeau. Plusieurs études ont sonné l’alarme concernant le manque de préparation à un éventuel retrait des affaires chez un grand nombre de dirigeants. Mon étude démontre que ces entrepreneurs privilégient les processus où ils peuvent garder le contrôle et l’expérimentation en fonction des moyens qu’ils ont autour d’eux. Ce qui les amène à rester flexibles et prêts à faire des compromis.»

Selon elle, il n’y a pas de modèle unique pour réussir sa sortie. «Il y a aussi des succès quand l’entrepreneur reste dans l’entreprise et se retire lentement, poursuit la doctorante. Ou lorsque le dirigeant pensait transmettre l’entreprise à ses enfants ou à ses employés et que, finalement, il l’a transmise à l’externe. Ou bien quand une opportunité autre que celle à laquelle on s’attendait arrive. Bref, ce n’est pas toujours le fait d’avoir un plan défini qui est un gage de succès. Et ça, c’est prouvé dans la littérature scientifique.»

Souvent, les dirigeants de PME s’identifient très fortement à leur rôle d’entrepreneur. Ils ont de ce fait des liens très étroits avec leur entreprise. Pas surprenant alors que certains dirigeants de l’échantillon de l’étudiante désirent rester en fonction, mais avec un rôle moins prenant. «La raison principale de ce souhait, dit-elle, est que leur entreprise a constitué toute leur vie. Ils désirent continuer de se sentir en vie, d’avoir un but.»

La professeure Maripier Tremblay enseigne au Département de management. Directrice de recherche de Marie-Josée Drapeau, elle qualifie cette dernière d’excellente communicatrice. «Elle est passionnée et concrète dans ses propos, poursuit la professeure. Avant son doctorat, Marie-Josée était dans la pratique professionnelle, et ça lui a permis de conserver une préoccupation pour l’utilité de la recherche. Elle a obtenu des prix Socrate de la Faculté qui récompensent l’excellence en enseignement. Donc ça en dit long sur ses capacités. Au-delà des interventions scientifiques, elle adore par-dessus tout s’adresser aux dirigeants d’entreprise et aux étudiants, transmettre sa passion et son savoir.»

Le premier prix dans la catégorie «Meilleures performances à l’audition» a été attribué à Mélissa Di Sante. Cette doctorante en sciences cliniques et biomédicales consacre ses recherches au développement du langage des enfants victimes de négligence parentale. Cette forme de maltraitance envers les enfants est la plus fréquente. Au Canada, elle vise un pour cent des enfants. Au Québec, au cours de l’année 2017-2018, la DPJ a pris en charge près de 5 000 enfants de moins de 5 ans pour motif de négligence ou risque sérieux de négligence.

«Des liens importants existent entre négligence et habiletés langagières des tout-petits, affirme Mélissa Di Sante. Le parent négligent ne parvient pas à s’engager auprès de son enfant dans des interactions nombreuses, positives et variées. Cette négligence n’est généralement pas intentionnelle. Plusieurs de ces parents sont confrontés à des facteurs de risques personnels, familiaux ou sociaux, comme la santé mentale, le stress, une situation financière précaire. Dans ma recherche doctorale, j’avance l’hypothèse que, conséquemment, les formes de langage utilisées par l’enfant seront à leur tour peu variées. Mes analyses confirment que près de la moitié des enfants négligés présentent des difficultés majeures dans l’utilisation du langage en contexte d’interaction sociale avec autrui.»

L’échantillon de la doctorante comprend un groupe de 45 enfants négligés âgés de 36 mois et recrutés dans 4 Centres jeunesse au Québec. Ils ont été comparés à un groupe de 99 enfants non négligés du même âge. Parmi les outils de mesure du langage utilisés, mentionnons des questionnaires aux parents et une période de 15 minutes de jeu libre filmée entre le parent et l’enfant. «Mes résultats, explique l’étudiante, suggèrent que les actions préventives pour soutenir le langage de ces enfants doivent avoir lieu bien avant trois ans. Il faut également soutenir leurs parents.»

La professeure Audette Sylvestre, du Département de réadaptation, est la directrice du projet de recherche de Mélissa Di Sante. Elle qualifie son étudiante d’excellente communicatrice auprès des très jeunes enfants. «Son humanité et ses compétences d’orthophoniste clinicienne sont des atouts incontestables lorsqu’elle s’adresse aux enfants, précise la professeure. Mélissa a également d’excellentes aptitudes de communicatrice avec les parents et les intervenants.» Comme chercheuse, l’étudiante se démarque par sa passion et sa productivité. Talent naturel pour la recherche scientifique, la lauréate du concours Cogito est également une leader dans sa Faculté. «Elle relève tous les défis», souligne-t-elle.

La soirée du 12 octobre a été le coup d’envoi de Cogito 2018-2019. La date limite d’inscription pour les membres de l’AELIÉS est le 5 novembre. Tous les détails se trouvent sur la page du concours.

Au cours des prochaines semaines, il sera possible de visionner les émissions du concours Cogito couvrant l’année 2017-2018 sur la chaîne YouTube de la Chaire publique AELIÉS.

montage-cogito

La thèse de doctorat de Mélissa Di Sante porte sur les enfants de moins de 5 ans. Au Québec, près de 5 000 d'entre eux ont été pris en charge par la DPJ en 2017-2018 pour motif de négligence ou risque sérieux de négligence. Marie-Josée Drapeau, pour sa part, étudie le processus de décision des dirigeants de petite ou de moyenne entreprise qui envisagent de prendre leur retraite. Il est reconnu que ces entrepreneurs préfèrent transmettre l'entreprise en premier à leur enfant ou à l'un de leurs enfants.

Écrivez-nous
Partagez
ULaval nouvelles