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Volume 52, numéro 22 | 23 mars 2017

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Mon chien: mes bras, mes jambes

Une étude jette les bases d'un premier consensus sur les services offerts par les chiens d'assistance

Par Jean Hamann

Les chiens d’assistance fournissent de précieux services aux personnes aux prises avec des problèmes moteurs, mais les spécialistes en réadaptation ne disposent pas encore de lignes directrices leur permettant de déterminer dans quelles circonstances il est approprié d’en recommander l’usage à leurs patients. Une étude publiée dans la revue Technology and Disability par la professeure Claude Vincent, du Département de réadaptation, et par ses collaborateurs vient toutefois jeter les bases d’un consensus à cet effet.

Au Québec, il y aurait présentement un peu plus de 300 personnes qui, en raison de problèmes moteurs, feraient appel à un chien formé par la Fondation MIRA pour les assister dans leurs tâches quotidiennes. Entre 2003 et 2015, MIRA aurait produit environ 3 000 chiens d’assistance, soit plus que le nombre de chiens guides. À titre de chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale, la professeure Vincent s’intéresse à ces chiens d’assistance depuis 2010. Les premières analyses qu’elle a effectuées à partir de données recueillies chez quelque 200 personnes qui avaient recours à ces chiens ont montré qu’ils leur permettaient de monter plus facilement les pentes, de franchir des obstacles comme les seuils de porte ou les bordures de trottoir, de saisir et de rapporter des objets ou de changer de position, par exemple pour passer du fauteuil roulant au lit.

Une autre étude qu’elle a menée auprès de 21 personnes avant et après le pairage avec un chien d’assistance montre aussi que ces aides canins réduisent les douleurs aux épaules et aux poignets chez celles qui les utilisent pour tirer leur fauteuil roulant manuel. Ceci retarderait le recours au fauteuil motorisé ou au triporteur, qui sont plus lourds et encombrants. Chez les personnes qui peuvent encore marcher, mais dont l’équilibre est précaire, le recours à un chien d’assistance améliore la stabilité et retarde le moment où elles doivent se tourner vers le fauteuil roulant.

Bref, les chiens d’assistance semblent faciliter la mobilité, l’autonomie et l’intégration sociale des personnes qui y ont recours, mais est-ce la meilleure solution pour tous les patients qui ont des problèmes de motricité? «Lorsqu’une personne fait une demande pour avoir un fauteuil roulant, les professionnels de la réadaptation font une évaluation de sa situation et ils déterminent si le fauteuil roulant est l’aide technique la mieux adaptée à ses caractéristiques personnelles et à son environnement. Lorsqu’il est question de chien d’assistance, cette décision est difficile parce que les ergothérapeutes et les physiothérapeutes connaissent encore mal les chiens d’assistance et la valeur ajoutée de leurs services par rapport aux autres aides techniques», explique Claude Vincent.

Pour corriger cette lacune, la chercheuse et ses collaborateurs Lise Poissant et Dany H. Gagnon, de l’Université de Montréal, et Hélène Corriveau, de l’Université de Sherbrooke, ont réalisé des séances de discussion avec 19 personnes appartenant à quatre groupes ayant chacun leur perspective propre sur les chiens d’assistance: des ergothérapeutes et des physiothérapeutes, des gestionnaires travaillant dans des centres de réadaptation, des entraîneurs canins chez MIRA et des personnes qui ont recours à un chien d’assistance. Ces regards croisés ont permis de définir les services offerts par ces chiens, les situations pour lesquelles ils apportent une valeur ajoutée par rapport aux autres aides techniques et aussi les inconvénients liés aux chiens d’assistance qu’il ne faut pas perdre de vue dans la prise de décision.

«Cet exercice a conduit à un premier consensus sur les services que les chiens d’assistance fournissent aux personnes ayant un déficit moteur, résume Claude Vincent. Il nous a permis de cerner des éléments qui devraient se retrouver dans des lignes directrices concernant ces chiens. La prochaine étape consiste à rédiger ces lignes directrices», conclut la chercheuse, bien consciente qu’à titre de rare spécialiste du sujet la tâche pourrait lui incomber.

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