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Volume 53, numéro 24 | 5 avril 2018

À la une

Choc physique, choc mental

La dépression majeure frappe près du tiers des victimes de traumatisme craniocérébral

Par Jean Hamann

Une étude publiée dans le Journal of Neurotrauma par une équipe de l’Université Laval révèle que 29% des personnes hospitalisées à la suite d’un accident ayant causé un traumatisme craniocérébral (TCC) ont au moins un épisode de dépression majeure pendant l’année qui suit. Considérant les nombreuses répercussions d’une dépression non diagnostiquée, il serait important d’évaluer périodiquement l’état psychologique des victimes de TCC pendant l’année suivant leur accident et idéalement au-delà, estime la responsable de l’étude, Marie-Christine Ouellet de l’École de psychologie.

L’équipe de recherche arrive à constat après avoir étudié 227 personnes hospitalisées au moins 24 heures en raison d’un accident ayant provoqué un TCC. Dans la moitié des cas, il s’agissait d’un traumatisme léger, communément appelé commotion cérébrale. Le reste des cas était partagé entre des TCC modérés (33%) et graves (17%). Les chercheurs ont soumis ces personnes à un test de dépistage de la dépression à trois reprises, soit 4, 8 et 12 mois après leur accident.

Les analyses révèlent que 29% des répondants ont eu au moins un épisode de dépression majeure et que 13% ont eu au moins un épisode de dépression mineure. «La dépression qui suit un TCC est due, d’une part, aux dommages organiques causés au cerveau et, d’autre part, aux réactions psychologiques des personnes devant les séquelles de l’accident. Pour plusieurs, la diminution des capacités physiques et cognitives provoquée par un TCC est une source de stress, de frustration, de tristesse et de détresse.»

Fait étonnant, l’incidence de dépression majeure est presque deux fois plus élevée chez les sujets qui ont eu un TCC léger (26%) que chez ceux qui ont eu un TCC modéré ou grave (15%). «Il y a deux explications possibles, avance la chercheuse. Les personnes qui ont eu un TCC léger profitent moins des services de réadaptation, elles reprennent plus vite leurs activités régulières et elles doivent donc plus rapidement faire face aux séquelles de leur accident. Le soutien psychologique qui pourrait alors les aider fait peut-être défaut. L’autre possibilité est que les personnes qui ont eu un TCC modéré ou grave ont des problèmes d’autoperception de leurs déficits. Elles ne se rendent pas compte de leurs incapacités et cette mauvaise perception les protège temporairement.»

Les chercheurs ont constaté qu’il existe plusieurs trajectoires possibles à l’évolution de l’état de santé mentale des victimes de TCC. Dans la moitié des cas, les personnes avec dépression s’en remettent, mais dans l’autre moitié, leur état se maintient ou s’aggrave. Ainsi, 38% des sujets avec dépression mineure ont eu un diagnostic de dépression majeure lors de l’évaluation subséquente. «Cela démontre clairement qu’il ne faut pas considérer la dépression mineure comme un problème banal que l’on peut ignorer», commente la professeure Ouellet.

Les chercheurs estiment qu’il faudrait évaluer régulièrement les patients victimes de TCC, au moins pendant l’année qui suit leur accident et même plus longtemps si c’est possible. «Une dépression non diagnostiquée peut nuire aux efforts de réadaptation et affecter la qualité de vie du patient et celle de son entourage. Le système de santé met beaucoup d’efforts pour sauver la vie de ces personnes. Il faudrait aussi investir les ressources nécessaires pour veiller à leur qualité de vie après coup», conclut Marie-Christine Ouellet.

Les autres signataires de l’étude sont Simon Beaulieu-Bonneau, Marie-Josée Sirois, Josée Savard, Alexis F. Turgeon, Lynne Moore, Bonnie Swaine, Joanne Roy, Myriam Giguère et Valérie Laviolette. Les chercheurs de l’Université Laval sont rattachés au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale et au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.

depression

La dépression qui suit un TCC résulterait de la combinaison des dommages physiques causés au cerveau et des réactions psychologiques des personnes devant la diminution de leurs capacités physiques et cognitives.

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