On le sait, les personnes en situation de pauvreté doivent souvent affronter le regard méprisant, condescendant ou accusateur des soignants. Ces citoyens vivent fréquemment des situations difficiles en rencontrant des professionnels de la santé, alors que leur manque de moyens financiers limite déjà leurs activités et mine leur santé mentale et physique. Une coalition d’organismes, qui regroupe notamment Centraide, le CIUSSS de la Capitale-Nationale, la Ville de Québec et l’Université Laval, tente justement de combattre les préjugés portant sur la pauvreté et l’exclusion sociale.

Des étudiants issus de plusieurs facultés, notamment celles de Médecine et de Pharmacie, ont participé à l’écriture de la pièce de théâtre Pauvre, pauvre respect, illustrant ces stéréotypes. Interprétée par la troupe du Théâtre Parminou, la pièce – qui interpelle plus précisément les professionnels de la santé et les étudiants – a été présentée pour une première fois le 20 février au Théâtre de la Cité universitaire.

Dans une scène, un jeune homme d’allure punk se tord de douleur devant une infirmière des urgences, qui ne cache pas sa répulsion. De but en blanc, elle lui demande ce qu’il a inhalé ou consommé. «Rien, réplique Trash, le personnage, j’ai une infection après m’être fait installé un piercing!» Cet échange illustre bien la réalité des barrières socioculturelles qui se créent parfois entre deux mondes aux antipodes l’un de l’autre. Ce type d’incompréhension amène l’infirmière à formuler un jugement reposant seulement sur des stéréotypes, tandis que le principal concerné va peut-être hésiter la prochaine fois avant de consulter.

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Aux urgences, le personnage de Trash obtient très peu d'empathie auprès de l'infirmière, qui pense avoir affaire à un drogué ou à un alcoolique.

Photo : Louise Leblanc

Avec le Théâtre Parminou, la dénonciation de ces préjugés ne se limite pas aux échanges entre les deux acteurs. Dans la salle, deux animatrices suscitent la discussion entre les scènes. Elles cherchent à mettre en lumière les obstacles qu’affrontent les personnes en situation de pauvreté dans le monde de la santé. Une spectatrice constate, par exemple, que certains médecins n’ont pas conscience du coût financier que peut représenter un billet de bus pour les patients qui doivent aller passer des examens supplémentaires. Et ces derniers ont parfois honte de leur demander le formulaire administratif qui pourrait les aider à payer cette charge.

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Les animatrices sollicitent l'avis de la salle à propos des situations d'exclusion présentées sur scène.

Photo : Louise Leblanc

Comment lutter contre l’impact négatif de ces jugements à l’emporte-pièce sur les personnes exclues? Développer l’empathie des professionnels de la santé, les éduquer à la réalité des personnes en situation de pauvreté et établir des rapports plus égalitaires reposant sur la confiance, répondent plusieurs spectateurs. Comme l’illustrent plusieurs échanges entre les acteurs, devoir affronter les préjugés de médecins, de dentistes ou d’infirmières a souvent des conséquences très néfastes sur le stress des patients. Au point que plusieurs ne se soigneront pas adéquatement par peur de se faire mépriser ou juger.

Consciente du rôle que joue l’éducation dans de telles situations, l’Université Laval s’implique depuis 2016 pour tenter de mieux former les étudiants, particulièrement dans le domaine de la santé. Les étudiants à la maîtrise en physiologie, par exemple, peuvent effectuer des stages de cinq semaines à la clinique SPOT, qui accueille des personnes marginalisées de Québec. La Faculté de pharmacie, de son côté, organise des stages obligatoires de trois semaines dans des organismes sociocommunautaires.

«Cela permet aux futurs pharmaciens de mieux se préparer à la réalité des gens qu’ils vont conseiller, fait valoir Martin Darisse, responsable des stages en milieu non traditionnel. Souvent, ils emploient un langage trop médical ou suggèrent des activités sans penser aux coûts financiers qu’elles représentent.» Des enseignants, comme Josette Castel de la Faculté de médecine, préparent aussi les étudiants aux situations vécues par leurs futurs patients à partir d’exemples tirés de leur pratique médicale. Comme l’explique Michel De Waele, adjoint au vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes, l’Université Laval va poursuivre son engagement dans ce dossier. La captation de la pièce de théâtre pourrait être projetée, par exemple, dans certains cours liés aux carrières de la santé.

Pauvre, pauvre respect sera présentée pour une seconde fois le 27 mars, à la salle Margelle du Cégep de Sainte-Foy.