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Volume 48, numéro 6 | 11 octobre 2012

Société

Comment dire adieu

À la lumière de son expérience en Belgique, l’oncologue Jan L. Bernheim explique pourquoi les malades devraient pouvoir demander à mourir dans la dignité

Par Renée Larochelle

L’euthanasie… Certaines personnes sont farouchement contre, redoutant les dérives qui pourraient entraîner une personne vers la mort contre sa volonté. D’autres ne voient pas pourquoi elles s’opposeraient à une mesure qui permet à un être humain de partir dans la dignité lorsque tout a été tenté pour combattre la maladie. En Belgique, la question est tranchée, même si le débat perdure: l’euthanasie y est légale depuis 2002, comme dans les pays voisins, les Pays-Bas et le Luxembourg.

Un des plus illustres défenseurs du principe de l’euthanasie, Jan L. Bernheim, oncologue et professeur émérite de médecine et d’éthique médicale en Belgique, a prononcé une conférence grand public sur cette première décennie d’expérience en aide médicale à mourir. Il a accordé une entrevue au Fil en marge de cet événement organisé par la Faculté des sciences sociales, le mercredi 10 octobre.
 
«L’euthanasie est l’interruption volontaire de la vie d’une personne par un médecin à la demande explicite de la personne concernée se trouvant dans une situation sans issue, explique l’oncologue. C’est cette définition qui nous guide.»

Comment cela se passe-t-il? De façon concrète, le patient fait une demande par écrit à son médecin, qui doit évaluer si cette personne est bel est bien dans un état irréversible. Un autre médecin fait état de la situation afin de confirmer ou d’infirmer ce jugement. Le cas doit ensuite être rapporté à une Commission de contrôle et d’évaluation. Le requérant qui obtient tous ces consentements peut alors décider, au moment de son choix, de recevoir une injection létale.

Cette description froidement clinique est à des années-lumière de la nature de la relation qui s’établit entre le médecin et son patient, soutient cependant Jan L. Bernheim. «Ce moment est l’aboutissement d’une relation de confiance, le point culminant d’une relation thérapeutique de longue date. En Belgique, la moitié des euthanasies ont lieu au domicile des personnes. Il y a souvent une petite cérémonie, et le patient est entouré de sa famille. Dans certains cas, un prêtre est présent.»

Quand on s’étonne qu’un prêtre assiste à un tel événement dans un pays de tradition catholique, Jan L. Bernheim explique que les soins spirituels et existentiels sont encore beaucoup plus intensifs lors d’euthanasies que lors de décès spontanés. «Bien sûr, l’Église catholique est opposée à l’euthanasie. Mais en même temps, elle a toujours laissé entendre que c’était une question d’ordre personnel.»

Le fait que la Belgique soit considérée comme le pays le plus avancé au monde en matière de bioéthique n’est évidemment pas étranger à la légalisation de l’aide médicale à mourir sur son territoire. Que ce soit en matière de contraception, de procréation assistée et, plus récemment, de mariage entre personnes de même sexe, cette société prône des valeurs d’ouverture et de tolérance.

Et les risques de dérapage que craignent tant les opposants à l’euthanasie? «À notre connaissance, il n’y a eu aucune dérive évidente, avance Jan L. Bernheim. On ne peut pas exclure que des euthanasies clandestines ont peut-être eu lieu. Mais vous savez, une partie considérable du corps médical n’est pas d’accord avec l’euthanasie. Parmi eux, il y a des athées, des catholiques, etc. Ils nous ont à l’œil. S’il y a des abus, ce doit être très rare.»

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L'euthanasie est le point culminant d'une relation thérapeutique de longue date.

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