Les téléphones intelligents, les tablettes et les ordinateurs portables changent radicalement notre façon de naviguer sur le Web, mais également notre manière de nous informer. La dernière enquête publiée par le Centre d’études sur les médias à l’Université Laval et le Consortium canadien de recherche sur les médias met en lumière des changements profonds dans les habitudes des Québécois francophones. Par exemple, le temps consacré à la recherche d’information sur les nouveaux médias augmente substantiellement, passant de 7 minutes en moyenne en 2007 à 19 minutes en 2013. L’utilisation globale des nouveaux médias comme source d’information croît aussi, passant à 20% du temps alloué à l’information.

C’est la quatrième fois depuis six ans que les deux organismes de recherche tentent de répondre à cette question: comment les Québécois s’informent-ils? Pour ce faire, Sébastien Charlton, Daniel Giroux et Michel Lemieux ont sondé et rencontré près de 500 francophones provenant de plusieurs régions du Québec. Leurs résultats fournissent de précieux renseignements aux médias qui ont tant besoin de suivre un marché de plus en plus volatil pour prendre des décisions appropriées. Ainsi, même si la télévision demeure encore le premier média pour s’informer devant la radio et Internet qui arrivent ex æquo, son importance s’amenuise puisqu’elle a perdu 6 points de pourcentage depuis 6 ans. Ajoutons également que la proportion de lecteurs réguliers de quotidiens payants est maintenant moindre que celle des gens qui s’abreuvent aux sites de nouvelles.

L’étude révèle aussi une autre réalité: la fracture entre les générations sur la façon de s’informer. Les moins de 35 ans consultent d’autres écrans que celui de la télévision pour se tenir au courant. Ces derniers émettent aussi beaucoup plus de commentaires sur les sites et les réseaux sociaux, particulièrement les moins de 25 ans. «Cette rupture générationnelle va certainement avoir des conséquences sur le type d’information diffusée sur les nouvelles plateformes, fait observer Daniel Giroux, secrétaire général du Centre d’études sur les médias.  Je ne suis pas certain que le traitement réservé à la politique par les médias traditionnels rejoint les jeunes. S’interroger pendant des jours sur la tenue ou non d’élections ou suivre la façon dont les politiciens répliquent à telle ou telle petite phrase les intéresse peu.»

Les données recueillies par les chercheurs confirment son analyse. Selon leurs résultats, les internautes sont surtout en quête d’informations légères et pratiques sur Internet, notamment sur la météo, les livres, les disques, le cinéma. La télévision et les quotidiens, eux, fournissent «les principaux ingrédients de la définition traditionnelle de l’information: actualité politique, économie et finance, sport, faits divers», comme le précise l’enquête. Ce glissement, confirmé par d’autres données comme celles recueillies depuis 15 ans aux États-Unis par le Pew Research Center, inquiète Daniel Giroux. «Je me demande quelle place vont avoir à l’avenir les grands débats de société dans les médias, d’autant plus que le passage sur support numérique pose de nouveaux défis pour la relation avec les annonceurs.» Les publicitaires qui s’affichent sur Internet s’attendent en effet à coller le plus possible aux contenus diffusés pour cibler les acheteurs potentiels, ce qui peut causer de sérieux casse-tête en matière d’indépendance de l’information.