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Volume 51, numéro 13 | 22 décembre 2015

Divers

Un comprimé de québécol, trois fois par jour

Une molécule du sirop d'érable à l'origine d'une nouvelle classe d'anti-inflammatoires

Par Jean Hamann

Votre médecin et votre dentiste ne vous prescriront jamais de sirop d’érable pour soigner des problèmes d’arthrite ou une gingivite. Par contre, il n’est pas impossible que ce type de maux soit un jour traité avec un médicament contenant une molécule qui provient du sirop d’érable, le québécol. En effet, une équipe de l’Université Laval démontre, dans un article du récent numéro de la revue Bioorganic & Medicinal Chemistry Letters, que le québécol et ses dérivés possèdent d’intéressantes propriétés pour contrer les réactions inflammatoires de l’organisme.

Le québécol est une molécule qui apparaît pendant le processus de fabrication du sirop, à la suite de réactions chimiques qui transforment les polyphénols naturellement présents dans la sève d’érable. Comme la très faible concentration de québécol constituait un frein important à la conduite d’études portant sur ses vertus santé, il fallait arriver à le synthétiser en laboratoire. Une équipe du Rhode Island y est parvenue en décembre 2012. Huit mois plus tard, Normand Voyer et Sébastien Cardinal, du Département de chimie de l’Université Laval, rendaient publique leur propre méthode pour réaliser la synthèse totale du québécol. En plus d’offrir un rendement supérieur au procédé conçu par les chercheurs américains, leur approche permet de produire facilement des dérivés du québécol. «Il arrive que des dérivés aient des propriétés plus intéressantes que la molécule originale, explique le professeur Voyer. L’exemple le plus connu est celui de l’acide salicylique, une molécule de l’écorce du saule qui, par acétylation, donne un médicament célèbre, l’aspirine.»

Pour évaluer les propriétés anti-inflammatoires du québécol et de ses dérivés, les deux chimistes ont fait appel à Daniel Grenier et Jabrane Azelmat, de la Faculté de médecine dentaire. Le professeur Grenier a mis au point un modèle in vitro pour déterminer le potentiel anti-inflammatoire de molécules naturelles. «Nous faisons appel à des cellules sanguines, appelées macrophages, que l’on met en présence de molécules provenant de bactéries, explique le chercheur. Normalement, les macrophages réagissent en enclenchant une réponse inflammatoire. Toutefois, si le milieu de culture contient une molécule anti-inflammatoire, cette réponse est bloquée.»

Les tests menés par les quatre chercheurs ont révélé que le québécol freine la réaction inflammatoire des macrophages et que certains dérivés se révèlent même plus efficaces que la molécule originale. «Le dérivé le plus puissant a une structure plus simple et il est plus facile à synthétiser que le québécol, souligne Normand Voyer. Ceci ouvre la voie à une toute nouvelle classe d’anti-inflammatoires, inspirée du québécol, qui pourrait pallier la faible efficacité de certains traitements tout en réduisant les risques d’effets secondaires.»

Les chercheurs Voyer et Grenier s’intéressent maintenant aux propriétés antibactériennes du québécol et de ses dérivés ainsi qu’à leur potentiel pour freiner la multiplication des cellules cancéreuses.

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