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Volume 52, numéro 19 | 16 février 2017

Recherche

Conduire en produisant moins de GES

Une étude démontre qu'un programme de formation à l'éco-conduite automobile peut permettre des économies d'essence, sur une période de plusieurs mois, de près de 5% en ville et de près de 3% sur les autoroutes

Par Yvon Larose

L’éco-conduite automobile permet-elle des économies d’essence significatives? Celles-ci sont-elles du même ordre que l’on conduise en ville ou sur les autoroutes? Y a-t-il une différence entre les résultats obtenus par la conduite manuelle et ceux obtenus par la conduite automatique? Enfin, les changements apportés à la manière de conduire persistent-ils dans le temps?

Ces questions, le professeur Philippe Barla, du Département d’économique, y a répondu en faisant, avec trois autres chercheurs, l’analyse poussée d’une masse de données recueillies durant un projet de recherche mené entre 2009 et 2010 par l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec. La cueillette des données avait été confiée à la société FP Innovations. Les résultats de l’analyse des données ont paru en février 2017 dans la publication Energy Economics.

«Le principal résultat de notre étude est que l’effet de l’éco-conduite est plus marqué en ville que sur les autoroutes, indique Philippe Barla. Les réductions moyennes de la consommation d’essence que nous avons observées sont de 4,6% en ville et de 2,9% sur les autoroutes.» Selon lui, l’élément qui ressort tout particulièrement est l’incidence plus grande de la conduite manuelle sur la consommation d’essence: -10% en ville et -8% sur les autoroutes. «Avec ce type de conduite, dit-il, la réduction de la consommation passe par le fait de changer de vitesse de manière optimale, avec le plus bas régime possible.»

En 2005, au Canada, les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur des transports représentaient 26% du total de ces émissions. La majeure partie provenait de l’automobile.

Des études ont démontré que les habitudes de conduite ont un effet significatif sur la consommation d’essence. Cependant peu d’études ont à ce jour été consacrées à la formation à l’éco-conduite automobile. Les techniques d’éco-conduite consistent notamment à accélérer puis décélérer en douceur, à changer de vitesse de façon optimale, à maintenir une vitesse modérée et constante, à prévoir la circulation dense, à éviter de faire tourner le moteur au ralenti et à assurer un bon entretien du véhicule.

L’échantillon étudié par les chercheurs comprenait 59 conducteurs résidant soit à Montréal, soit à Québec. Environ la moitié d’entre eux étaient propriétaires de leur véhicule, les autres utilisaient celui de leur employeur. Les véhicules comprenaient des sedans, des VUS et des hatchbacks. La technologie embarquée permettait d’enregistrer des données telles que la consommation instantanée d’essence, la vitesse et les accélérations. Ces informations étaient transmises régulièrement à un serveur.

La plupart des autres recherches sur l’éco-conduite n’ont mesuré que les bénéfices à court terme. Cette fois, l’expérience menée par l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec s’est étalée sur 10 mois. «Cette longue période nous a permis de découvrir que l’effet d’éco-conduite ne dure pas dans le temps, explique Philippe Barla. Chassez le naturel, il revient au galop, pourrait-on dire. D’une part, les bénéfices de l’éco-conduite en ville ont diminué de moitié sur la période de 10 mois. D’autre part, les bénéfices relatifs à la conduite sur les autoroutes se sont avérés nuls autour de la trentième semaine.»

Les chercheurs ont calculé que les conducteurs pouvaient espérer une économie d’environ 60$ annuellement sur leur consommation d’essence. Selon le professeur, une augmentation de ces bénéfices serait possible en combinant les techniques d’éco-conduite à un dispositif donnant une lecture en temps réel de la consommation d’essence.

Trois autres chercheurs ont participé à l’étude. Luis Miranda-Moreno enseigne le génie civil à l’Université McGill. Mathieu Gilbert-Gonthier, diplômé de la maîtrise en économique de l’Université Laval, étudie maintenant à l’Université de Toronto. Et Marco Antonio Lopez Castro poursuit ses études de doctorat en aménagement du territoire à l’Université Laval.

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