Logo Université Laval Logo Université Laval

Volume 53, numéro 23 | 29 mars 2018

À la une

Confusion à l’urgence

La confusion mentale touche 12% des personnes âgées qui patientent plus de 8 heures à l'urgence

Par Jean Hamann

Douze pour cent des personnes âgées qui attendent plus de 8 heures à l’urgence sont victimes d’un épisode de delirium, révèle une étude publiée dans le British Medical Journal Open. Les répercussions de cet épisode confusionnel sur la santé des patients et les coûts additionnels d’hospitalisation qui en découlent appellent l’amélioration des mesures de prévention et de dépistage de ce problème, estime le responsable de l’étude, Marcel Émond, de la Faculté de médecine et du CHU de Québec – Université Laval.

Le delirium est une perturbation transitoire de la conscience, de l’attention, de l’orientation, de la mémoire, de la pensée et des perceptions. «Ce n’est pas banal, insiste Marcel Émond. Les personnes qui en sont victimes peuvent adopter des comportements dangereux pour elles-mêmes ou pour les autres. Certaines refusent de collaborer aux soins au point où elles peuvent en mourir. Un épisode confusionnel dure de quelques heures à quelques jours, mais il peut entraîner des séquelles. Cet état mental serait causé par un dérèglement des neurotransmetteurs qui provoque une tempête cérébrale.»

L’équipe dirigée par le professeur Émond a étudié les cas de 338 personnes de plus de 65 ans qui avaient attendu au moins 8 heures à l’urgence dans quatre hôpitaux du Québec entre mars et juillet 2015. Ces patients étaient âgés en moyenne de 77 ans et ils étaient autonomes ou semi-autonomes. À l’aide de tests de dépistage passés à intervalle régulier, les chercheurs ont établi que la prévalence du problème variait de 8% à 20% selon l’urgence étudiée, pour une moyenne de 12%. Les patients qui ont eu un épisode de delirium ont été hospitalisés 4,4 jours de plus que les patients qui en ont été épargnés.

Les 65 ans et plus constituent présentement 18% de la population et, dans 15 ans, cette proportion aura doublé, rappelle le professeur Émond. «Les gens de 75 ans et plus sont les principaux usagers des services d’urgence et il faut adapter les soins pour composer avec leurs besoins particuliers, notamment en améliorant la prévention et la détection du delirium à l’urgence.»

Le delirium peut être prévenu en veillant à une hydratation adéquate des patients et en les faisant bouger régulièrement, souligne-t-il. De plus, il est possible de repérer les personnes atteintes de confusion mentale à l’aide de tests, notamment le RADAR (repérage actif du delirium adapté à la routine) développé par l’équipe du professeur Philippe Voyer, de la Faculté des sciences infirmières. Ce test, qui peut être réalisé en moins de 10 secondes, repose sur trois courtes questions auxquelles doivent répondre les infirmières qui veillent sur les patients.

Un dépistage précoce permet une intervention rapide qui réduit la sévérité, la durée et les séquelles du delirium. «Le défi est d’intégrer ces tests à la routine de travail aux urgences, reconnaît Marcel Émond. Si quelques minutes de travail permettent d’éviter plusieurs jours d’hospitalisation, ça semble un bon investissement.»

Les autres signataires de l’étude rattachés à l’Université Laval sont Valérie Boucher, Pierre-Hugues Carmichael, Philippe Voyer, Mathieu Pelletier, Simon Berthelot, Marie-Ève Lamontagne, Michèle Morin, Stéphane Lemire, Alexandra Nadeau et Natalie Le Sage.

urgence

Le delirium est un état confusionnel qui dure de quelques heures à quelques jours. Les personnes qui en sont victimes peuvent adopter des comportements dangereux, notamment en refusant de collaborer aux soins.

Écrivez-nous
Partagez