L’année 2017 marquera le centième anniversaire de l’entrée en vigueur, au Canada, de la Convention pour la protection des oiseaux migrateurs. Selon le professeur Matthew Hatvany, du Département de géographie, il s’agit encore aujourd’hui d’une des plus importantes législations sur la préservation de la nature en Amérique du Nord. «Cette loi découlait d’un traité canado-américain signé en 1916, explique-t-il. Le traité deviendra loi aux États-Unis en 1918. Pour la première fois, une loi sur la conservation de la nature allait influencer tout le continent. C’était vraiment avant-gardiste parce que l’on reconnaissait l’importance des terres humides que les oiseaux migrateurs, en particulier les canards, les oies et les bernaches, recherchent dans leurs migrations vers le nord, en été, et vers le sud, en hiver, soit les aires de reproduction canadiennes et les aires hivernales américaines.»

Mais la législation fut insuffisante. Dans les années 1930, on observa un important déclin des populations. «Pour assurer l’avenir de la sauvagine, dit-il, il était nécessaire de mettre en place une stratégie de conservation de la nature. Le projet de l’ONG américaine Ducks Unlimited, fondée par des chasseurs, et de son organisation soeur Ducks Unlimited Canada allait s’avérer la solution.»

C’est un passionnant récit, celui de la conservation réussie de vastes aires de reproduction de la sauvagine de l’Ouest canadien, qu’a raconté le professeur Hatvany, le 26 janvier, au pavillon Charles-De Koninck. Cette histoire fait actuellement l’objet d’une publication dans la revue savante The Canadian Geographer / Le géographe canadien. «À l’ère de l’Anthropocène et des histoires pessimistes concernant l’avenir de l’environnement, indique-t-il, la conservation de la sauvagine représente une histoire plutôt positive et un exemple de développement durable qui intègre l’environnement, la société et l’économie.»

Ducks Unlimited a vu le jour aux États-Unis, en 1937, à la suite d’une sévère sécheresse dans les prairies américaines et canadiennes. Les populations de sauvagine empruntant cette voie migratoire connurent alors une importante diminution. En 1938, c’était au tour de Ducks Unlimited Canada – Canards illimités Canada d’être créé. «L’objectif des deux ONG était d’inciter les sauvaginiers américains à investir financièrement dans la réhabilitation des milieux humides canadiens, précise Matthew Hatvany. Ces terres, pour la plupart à vocation agricole, peuvent servir à la reproduction de la sauvagine, à son repos, à sa sécurité et à son alimentation. J’ai découvert que les sauvaginiers américains étaient très sensibles au rôle du Canada dans la conservation de la sauvagine.»

Aux États-Unis, l’ONG a bagué des milliers d’oiseaux afin de suivre leurs déplacements vers leurs lieux de nidification et d’hivernage. On a dressé les toutes premières cartes de ces lieux. Pour la première fois, on commençait à voir l’écosystème dans son ensemble et un continent sans ses frontières humaines. Ces cartes continentales innovatrices montraient des liens intuitifs en effaçant des frontières, tout en soulignant les relations écologiques. Elles ont sensibilisé les sauvaginiers. On a également renommé quantité de lacs canadiens avec des toponymes américains rappelant notamment des villes et des États.

«Plutôt qu’une forme de recolonisation, soutient Matthew Hatvany, le fait de renommer un lac avec un nom étranger doit être vu comme un moyen d’influencer positivement les sentiments d’appartenance de sauvaginiers américains aux lacs canadiens, pourtant très loin de chez eux, en créant des liens dans une construction sociale de la nature. Ceux qui ont fait le renommage des lacs étaient volontairement apolitiques. Ils n’ont pas été contraints par des ententes habituelles de frontières.»

Véritable success story environnemental, Ducks Unlimited, dans ses versions américaine et canadienne, constitue le plus grand acteur de la conservation de la nature en Amérique du Nord. Depuis 2012, les sauvaginiers américains ont investi plus d’un milliard de dollars dans la conservation des terres humides canadiennes. En 2016, l’ONG gérait 127 millions d’acres de milieux humides sur le continent.