Charles Darwin. À lui seul, le fameux naturaliste anglais né en 1809 et mort en 1882 incarne l’esprit d’aventure et la démarche intellectuelle de nombreux scientifiques britanniques à avoir sillonné les océans aux 18e et 19e siècles. De 1831 à 1836, Darwin agira comme naturaliste à bord d’un grand voilier de recherche, le Beagle, lequel effectuera un long voyage d’exploration autour du monde. En 1838, il publie le récit de son périple. Et, en 1859, il signe L’Origine des espèces, un ouvrage scientifique inspiré de son voyage dans lequel il avance sa célèbre théorie de l’évolution par la sélection naturelle.

Les travaux de Darwin ouvrent une captivante exposition que le Musée de la civilisation de Québec consacre, jusqu’en janvier 2020, aux grands naturalistes britanniques des 18e et 19e siècles. Quelque 200 spécimens prêtés par le Natural History Museum de Londres constituent le cœur de l’exposition. Mais ils ne sont pas seuls. En effet, le Musée a enrichi le contenu de la présentation conçue et réalisée à Londres de nombreux artefacts exceptionnels empruntés à différents musées ou établissements, principalement québécois, notamment à l’Université Laval. Tout comme les pièces provenant du musée londonien, ces artefacts revêtent une importance historique et scientifique reflétant la richesse du monde naturel en territoire nord-américain.

«Le Musée de la civilisation a fait tout un travail de recherche et d’adaptation pour transposer l’exposition londonienne au Québec», explique Jean-François Gauvin, professeur au Département des sciences historiques, titulaire de la Chaire de leadership en enseignement en muséologie et conseiller scientifique pour les ajouts et modifications apportés à l’exposition londonienne. «Le Musée, poursuit-il, voulait montrer que les naturalistes québécois et canadiens du passé ont accompli de belles choses et que leur travail s’insérait bien dans la grande histoire des sciences naturelles.»

Les pièces proposées par le Natural History Museum, il les qualifie de «remarquables» et d’«extraordinaires». L’exposition, telle que présentée par le Musée de la civilisation, est «absolument fantastique» au point de vue de sa conception muséographique. «Il n’y avait pas d’histoire humaine derrière le matériel de Londres, souligne Jean-François Gauvin. On négligeait l’apport des femmes et des autochtones. L’exposition informe sur le contexte social et culturel, au Québec et au Canada, au temps des naturalistes.»

L’exposition comprend sept zones, la première étant consacrée à Darwin. On y voit notamment des animaux étudiés par le scientifique, dont des coléoptères et des brachiopodes. Les autres sections touchent aux explorateurs, aux artistes, aux naturalistes (botanistes, géologues, paléontologues et zoologistes), aux collectionneurs, à la Fondation du Natural History Museum et à la préservation de la biodiversité. Rappelons que bien avant l’invention de la photographie, des artistes participaient aux voyages d’exploration. Ils avaient pour tâche de dessiner les spécimens découverts.

Les artefacts envoyés de Londres sont uniques ou très rares, mystérieux ou étonnants. Ils comprennent des espèces disparues, comme le squelette vieux de 12 000 ans d’un tigre à dents de sabre et des espèces en voie de disparaître, comme le tigre du Bengale. Mentionnons aussi la présence d’un orang-outang naturalisé rapporté par Alfred Russel Wallace, figure marquante dans l’élaboration de la théorie de l’évolution. Autres curiosités dignes d’attention: le plus grand papillon diurne du monde, le papillon de la reine Alexandra, ainsi qu’un crabe-araignée géant du Japon.

Près de 40 spécimens proviennent du Québec et quelques-uns du Musée canadien de la nature, à Ottawa. Celui-ci a notamment fourni un squelette d’ours polaire provenant de l’archipel arctique canadien. Le Musée Redpath, à Montréal, a entre autres remis une dent de mammouth laineux dont l’espèce s’est éteinte il y a environ 12 000 ans. Quant au parc national de Miguasha, en Gaspésie, sa contribution comprenait un poisson fossilisé, l’Eusthenopteron foordi, vieux de 380 millions d’années.

De l’Université Laval provient, entre autres, une empreinte de dinosaure à trois doigts conservée au Musée de géologie René-Bureau. L’Herbier Louis-Marie, l’un des plus grands au Canada, a fourni des planches botaniques montrant notamment une fougère appelée adiante du Canada, un nénuphar à feuilles émergentes et une gentiane de Victorin. Les collections de l’Université Laval, pour leur part, ont prêté deux tiroirs entomologiques contenant, outre des spécimens de coléoptères et d’hyménoptères, un filet à papillons et une loupe de table ayant appartenu au naturaliste québécois Léon Provancher.

«Léon Provancher, indique Jean-François Gauvin, ne partageait pas les idées de Darwin sur l’évolution. Cela n’a pas empêché sa contribution en entomologie d’être fondamentale. Que l’on ait conservé son filet à papillons constitue une touche humaine que j’aime beaucoup. On peut s’imaginer le personnage derrière chez lui faisant la chasse aux papillons. Cet outil, qui n’est pas un objet de science, nous met dans l’ambiance du collectionneur. Il est encore utilisé de nos jours. Il y a là une continuité qui se poursuit depuis quelques siècles.»

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Le Dronte de Maurice, communément appelé dodo, est une espèce aujourd'hui disparue. L'arrivée des humains sur l'île Maurice a entraîné leur extinction. La pièce a été prêtée par le Natural History Museum de Londres.

Photo : Marie-Josée Marcotte / Icône

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L’exposition présente deux planches botaniques prêtées par l’Herbier Louis-Marie, de l’Université Laval. L’une est associée au frère Marie-Victorin, l’autre au prêtre Louis-Ovide Brunet, deux grands botanistes québécois. Un exemplaire de la Flore laurentienne, l’œuvre maîtresse de Marie-Victorin, a été placé au bas de cette planche botanique.

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Léon Provancher est considéré comme le père de l'entomologie au Québec. Au 19e siècle, il a décrit 100 000 espèces d'insectes et lancé la revue scientifique Le Naturaliste canadien. Ses collections sont toujours consultées aujourd'hui. Dans le cadre de l'exposition, les collections de l'Université Laval ont fourni, entre autres, le filet à papillons de Léon Provancher, sa loupe de table et des boîtiers d'insectes.

Photo : Marie-Josée Marcotte / Icône