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Volume 49, numéro 2 | 5 septembre 2013

Vie étudiante

Dans la tête des petits Socrate

Avec l’aide d’un professeur de l’Université, la Grande Bibliothèque à Montréal présente une exposition sur la philosophie conçue spécialement pour les enfants

Par Brigitte Trudel

«Y a-t-il de bonnes raisons de faire la guerre?» «Comment savoir si quelqu’un est mon ami?» Ces questions et bien d’autres sont au menu de «Penser! – Une expérience philo», une exposition interactive présentée à l’Espace Jeunes de la Grande Bibliothèque à Montréal jusqu’au printemps 2014. Michel Sasseville, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval, est son conseiller principal. Destinée aux enfants de 8 à 12 ans, elle serait la première du genre dans le monde. «Colorée, rigolote, vivante, elle se situe en droite ligne avec les propos de Montaigne: une tête bien faite plutôt que bien pleine!» explique le philosophe.

L’exposition se déploie autour de trois sphères d’exploration: penser par soi-même, penser avec les autres et penser en société. S’y rattachent une série de thèmes qui sont au cœur de l’existence humaine. Parmi eux: les droits et les devoirs, la vérité et le mensonge, la justice et l’injustice, la guerre et la paix. L’approche? «Elle est très ludique et se base sur une foule d’activités interactives construites autour des intérêts des enfants», explique le professeur Sasseville.

Des exemples? Des miroirs déformants et des logiciels de vieillissement entraînent les jeunes visiteurs à s’interroger sur l’être et l’apparence: «La nouvelle image que je vois, est-ce encore moi?» Plus loin, sur un immense cœur, les enfants sont invités à inscrire leur définition de l’amour: «Aimer, c’est quand l’autre prend soin de moi», «C’est quand je peux m’amuser», «C’est donner, comprendre et être en paix». «On ne leur fournit pas de réponses, que des questions autour desquelles les jeunes, les parents, les professeurs et les animateurs échangent, le dialogue étant au cœur de ce projet unique», précise l’expert.

Bien qu’il n’y ait pas d’âge pour s’intéresser aux questions qui touchent l’expérience humaine, plusieurs hésitent encore à faire un lien entre enfance et philosophie, déplore Michel Sasseville. Cette retenue, croit-il, rejoint une fausse croyance qui veut que les petits soient incapables de pensée abstraite. «Pourtant, ils apprennent le langage, lequel est une machine abstractive énorme». De fait, assure-t-il, les enfants sont des penseurs extraordinaires. «Comme ils ne sont pas sous l’influence des pensées préconçues qu’on accumule à mesure qu’on avance en âge, leur point de vue est ouvert et original. Sans compter que le raisonnement, ça s’apprend!»

Le spécialiste note d’ailleurs que la philosophie pour les enfants gagne en popularité partout dans le monde depuis les dernières décennies. Présente dans une cinquantaine de pays, l’UNESCO l’encourage également en tant qu’activité éducative en lien avec ses objectifs: promotion de la paix, éradication de la violence, développement durable, etc. «Être ouvert d’esprit, développer son jugement, ce sont des atouts essentiels dans l’organisation d’un monde pluraliste, confirme le professeur Sasseville. C’est la base du fameux vivre ensemble.» Selon lui, les petits ne peuvent que bénéficier d’une formation précoce à la capacité de penser et de réfléchir. «Les enfants sont notamment des cibles de choix pour les médias et la publicité. Or, apprendre à organiser sa pensée et à émettre des jugements diminue grandement le risque d’être manipulé.»

Depuis 1987, la Faculté de philosophie de l’Université Laval offre une formation en pratique de la philosophie à l’école primaire et secondaire. Accessible sous forme de microprogramme, de certificat ou de diplôme de deuxième cycle, elle est la seule du genre au Québec. Ces programmes, se réjouit Michel Sasseville, sont de plus en plus populaires auprès des enseignants actuels et futurs. «Depuis que la formation existe, j’ai vu une évolution énorme quant à l’intérêt des professeurs pour cette discipline. Peu importe les cours que ces derniers prodiguent et à quel niveau, ils souhaitent, au-delà de leur matière, transmettre à leurs élèves des outils de formation de la pensée.»

Jusqu’au 27 avril 2014 à la Grande Bibliothèque (475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal). portailjeunes.banq.qc.ca

Mimi Zhou

«Penser! Une expérience philo», exposition interactive présentée à l'Espace Jeunes de la Grande Bibliothèque, a été conçue avec l'aide de Michel Sasseville, professeur à la Faculté de philosophie.

Photo: Mimi Zhou

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