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Volume 53, numéro 10 | 16 novembre 2017

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De la coupe aux lèvres

La sous-culture qui lie alcool et sport serait davantage présente dans les sports d'équipe au secondaire

Par Jean Hamann

Les sports individuels et les sports d’équipe seraient associés à des comportements opposés par rapport à l’alcool à certains moments de l’adolescence. En effet, contrairement aux disciplines individuelles, les sports d’équipe seraient liés à une fréquence plus élevée de consommation d’alcool en milieu d’adolescence. Voilà la conclusion qui se dégage d’une étude publiée dans la revue Addictive Behaviors par Anne-Sophie Denault, de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, et François Poulin, de l’UQAM.

Les deux chercheurs arrivent à ces constats après avoir interrogé à six reprises 310 jeunes au fil de leur adolescence; les participants avaient 12 ans au moment de la première entrevue et 19 ans lors de la dernière. Les questions portaient sur leur milieu familial, leurs relations sociales et leurs habitudes de vie, notamment la consommation d’alcool et la pratique de sports.

Les analyses des chercheurs montrent que le nombre d’heures investies dans la pratique de sports individuels est associé à une fréquence plus faible de consommation d’alcool ou d’abus d’alcool en milieu d’adolescence. Cet effet protecteur se maintiendrait par la suite, ce qui se traduit par une fréquence plus faible d’abus d’alcool à 19 ans chez les ados qui s’investissaient davantage dans les sports individuels au début du secondaire. «Il est possible que cet effet protecteur soit le résultat des conséquences néfastes de l’alcool sur les performances individuelles, avance Anne-Sophie Denault. Les « lendemains de veille » ont probablement plus de répercussions pour quelqu’un qui doit livrer une performance individuelle que pour quelqu’un dont la performance est diluée dans celle de l’équipe.»

À l’opposé, le temps investi dans la pratique de sports d’équipe est associé à une augmentation de la fréquence de consommation d’alcool entre la 3e et la 4e secondaire. Toutefois, cette association n’est plus présente lorsque les jeunes atteignent l’âge de 19 ans. «Les niveaux de consommation d’alcool que nous avons observés ne sont pas inquiétants, précise la chercheuse, mais ils reflètent le lien qui existe entre la sous-culture des sports d’équipe et l’alcool. De plus, les jeunes qui font partie de l’équipe de leur école ont un statut social élevé et ils sont souvent populaires, ce qui est aussi un facteur lié à la consommation d’alcool à l’adolescence.»

En dépit de ces résultats, il ne fait aucun doute dans l’esprit de la professeure Denault que les bénéfices que procure la participation à un sport d’équipe, notamment sur le plan de la socialisation et du développement personnel, l’emportent sur les aspects négatifs. «Les sports, qu’ils soient individuels ou collectifs, sont indéniablement un plus dans la vie des jeunes», commente-t-elle.

Il reste toutefois du travail à faire auprès des jeunes sportifs et de leurs entraîneurs pour contrecarrer la normalisation de la consommation d’alcool dans la culture des sports d’équipe, une normalisation fortement encouragée par les médias, poursuit la chercheuse. «Les campagnes de peur ont peu de chances de succès auprès des jeunes, estime-t-elle. Les adolescents sont plus réceptifs aux messages de promotion de saines habitudes de vie, comme l’ont démontré les campagnes contre le tabagisme. Ces messages doivent leur fournir l’information dont ils ont besoin pour exercer leur autonomie et faire leurs propres choix.»

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Le nombre d'heures investies dans la pratique de sports individuels est associé à une fréquence plus faible de consommation d'alcool et d'abus d'alcool en milieu d'adolescence.

Photo: Steven Pisano

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