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Volume 52, numéro 21 | 16 mars 2017

À la une

De joyeuses envolées artistiques

La Manif d'art 8 réunit une panoplie d'oeuvres éclatées autour de «l'art de la joie», thème qui sera décrypté par deux professeurs de philosophie

Par Matthieu Dessureault

Dès l’entrée dans la salle d’exposition du pavillon Pierre-Lassonde, au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), on est happé par trois grands mobiles suspendus au plafond. Il s’agit d’une oeuvre du Mexicain Carlos Amorales. Dans une salle voisine se trouve une installation, tout aussi déjantée, du collectif BGL. Les artistes Christian Boltanski, Annette Messager, Clément Cogitore, Jacynthe Carrier, l’Orchestre d’hommes-orchestres et Steve Heimbecker figurent également au programme.

Après le cynisme, la catastrophe et la résistance, la Manif d’art s’articule cette année autour de «l’art de la joie», thème choisi par Alexia Fabre, la commissaire invitée. «Il s’agit d’un thème très surprenant pour une manifestation d’art contemporain. Quand on pense à l’art contemporain, on pense à un art critique, parfois opaque, qui cherche à perturber le spectateur, à le remettre en question ou à l’indigner, mais pas à la joie comme telle», souligne Patrick Turmel, professeur à la Faculté de philosophie.

Avec sa collègue Sophie-Jan Arrien, il signe l’un des textes du catalogue du festival, apportant un regard philosophique sur ce thème. Mercredi prochain, les auteurs donneront une conférence dans le nouvel auditorium du MNBAQ. Invités à réfléchir sur ce thème, et même à le mettre en doute, ils en profiteront pour vulgariser des notions de philosophie, tout en faisant des liens avec des œuvres exposées.

Si la joie n’est pas associée d’emblée à l’art contemporain, ils reconnaissent que plusieurs créateurs ont recours à des procédés que l’on peut associer à ce sentiment: détournement ludique, ironie, sarcasme, satire, grotesque. Tout cela peut provoquer un sourire, voire un rire, mais s’agit-il réellement de joie? «Notre hypothèse est non. La joie est plutôt le résultat d’une expérience esthétique réussie, peu importe que nous soyons face à une œuvre joyeuse ou non. Qu’il s’agisse d’une œuvre oppressante, perturbante ou choquante, à partir du moment où il y a un affect, il y a de la joie. Cette joie n’est pas l’émotion joyeuse comme telle, mais bien la trace que laisse l’expérience de l’œuvre sur nous-mêmes», explique Sophie-Jan Arrien.

L’art de la joie, bref, diffère du simple plaisir que l’on éprouve à regarder une œuvre. «On peut trouver qu’une toile est belle, mais demeurer indifférent au-delà de ce plaisir esthétique. En revanche, on peut observer une œuvre laide, choquante ou dérangeante et être affecté d’une façon positive: on en ressort grandi, on voit le monde autrement, etc. Voici ce qu’on appelle la joie», ajoute Patrick Turmel.

Outre leur conférence, plusieurs activités et expositions satellites sont présentées en marge de la biennale, qui se termine en mai prochain. Sur le campus, on peut voir l’exposition Elles pensaient comme ça alors que moi pas au pavillon Alphonse-Desjardins. Celle-ci a été réalisée par deux étudiantes au baccalauréat en arts visuels et médiatiques, Jasmine Guay et Roxane Tremblay-Girard. La Galerie des arts visuels, autre partenaire officiel de l’événement, présente le travail du Français Jean-Christophe Norman. Intitulée Histoires du jour et de la nuit, cette exposition rassemble des traces du passage de l’artiste, invité à donner une performance en février. La chargée d’enseignement Paryse Martin, de son côté, présente certaines de ses œuvres dans l’exposition Magnificat: Paryse Martin et Josée Landry Sirois, à la maison Hamel-Bruneau.

Consultez l’ensemble de la programmation.

Installation-Canadassimo-oeuvre-du-collectif-BGL

L'installation Canadassimo (L'Atelier), du collectif BGL, représente un hangar où s'amoncellent des pinceaux souillés et des boîtes de conserve dégoulinantes de peinture.

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