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Volume 53, numéro 11 | 23 novembre 2017

Actualités UL

Les défis du vivre-ensemble

Au début de décembre, au Musée de la civilisation, 12 professeurs de la Faculté des sciences sociales aborderont, durant 3 jours, des sujets préoccupants et actuels

Par Yvon Larose

Qu’ont en commun les professeurs Charles Bellemare, Francesco Cavatorta, Marie-Hélène Gagné, Caroline Hervé, Yvan Leanza et Stéphane Leman-Langlois? D’abord, ils enseignent tous à l’Université Laval. Ensuite, ils sont tous rattachés à la Faculté des sciences sociales (FSS). Enfin, ils ont tous pris part, le mardi 22 novembre, à l’atrium du pavillon Charles-De Koninck, à une conférence de presse annonçant la première Semaine de la recherche en sciences sociales. Cet événement gratuit et ouvert à tous se déroulera du 4 au 6 décembre au Musée de la civilisation de Québec sur le thème «Exclusion, discrimination, radicalisation: les défis du vivre-ensemble».

La vice-rectrice à la recherche, à la création et à l’innovation, Eugénie Brouillet, ainsi que le doyen et la vice-doyenne à la recherche de la FSS, François Gélineau et Lyse Langlois, étaient présents lors de la conférence de presse.

Selon la vice-rectrice, la recherche à l’Université Laval attaque parfois de plein fouet les problématiques sociales de l’heure. «La recherche en sciences sociales à l’Université, a-t-elle expliqué, offre des réponses éclairées et rigoureuses sur des questions polarisantes et controversées. Devant le tumulte et la multiplication des opinions tranchées, devant la peur et les préjugés, devant les raccourcis et les propos réducteurs, devant les ouï-dire et les mythes, nous avons besoin, plus que jamais, du précieux regard des sciences sociales.» Selon Eugénie Brouillet, ce regard est fait d’un éclairage neutre et rempli de nuances, de découverte de l’autre et de curiosité, d’études détaillées et exhaustives, de témoignages probants recueillis avec humanité et professionnalisme. «Le vivre-ensemble, a-t-elle soutenu, a besoin de l’ouverture scientifique vers l’autre.»

Pour sa part, François Gélineau a affirmé que la Semaine de la recherche en sciences sociales contribuera à la poursuite de l’engagement des chercheurs de la FSS dans les débats publics. «Parmi les valeurs qui nous animent à la Faculté, a-t-il dit, il y a l’ouverture, l’inclusion et le dialogue.» Le doyen a rappelé que la Faculté repose sur une longue tradition d’implication sociale et que plusieurs professeurs, du sociologue Fernand Dumont au politologue Léon Dion, de l’économiste Maurice Lamontagne à l’anthropologue Marc-Adélard Tremblay, se sont fait connaître par leurs travaux de recherche, mais aussi par leurs interventions sur les tribunes publiques. «Encore aujourd’hui, a-t-il poursuivi, nos professeurs ont toujours le même désir de comprendre la société. Grâce à la Semaine de la recherche, nous dévoilerons au grand public la complémentarité et l’étendue des expertises de nos professeurs.»

Le professeur Stéphane Leman-Langlois enseigne à l’École de service social. Sa présentation du 4 décembre au Musée de la civilisation portera sur ces jeunes Québécois et Canadiens partis faire le djihad au Moyen-Orient et en Afrique, en particulier au sein du groupe armé État islamique (EI).

«On sent beaucoup de stress ici, chez les autorités, en ce qui concerne les djihadistes qui reviennent, indique-t-il. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) les évalue à environ 200. Le SCRS les compte grâce aux rapports de police et en faisant de la surveillance sur Internet. Mais je ne suis pas sûr que l’on a tous les cas en main. Au maximum, on parle de quelques centaines. Mais c’est un chiffre très peu fiable. On ne sait pas combien il en reste, ni combien ont l’intention de revenir, ni combien ont la capacité de revenir. Et une fois ici, ils vont vouloir faire quoi? Il existe peu d’études là-dessus, mais un ou deux sur dix qui reviennent auraient encore des velléités extrémistes. Cela dit, l’effet d’attraction de l’État islamique a tellement diminué qu’il y a des chances que le chiffre d’un sur dix soit surestimé.»

Au Parlement canadien, le 20 novembre, le premier ministre Justin Trudeau a mentionné, lors de la période de questions, que le gouvernement fédéral prend «très au sérieux» les enjeux de sécurité entourant le retour au Canada des combattants de l’EI. Selon lui, de sérieuses conséquences sont à prévoir dans le cas du retour d’un seul djihadiste. Il a déclaré que les autorités exerceront une surveillance étroite de ces individus et de leur famille.

Le professeur Leman-Langlois rappelle que le gros des départs pour le djihad a eu lieu dans les années 2013, 2014 et 2015. «Un grand nombre ont tenté de partir, mais ont été arrêtés aux aéroports, dit-il. Mais on n’en a plus depuis 18 à 24 mois. On n’observe pas de relève pour le moment.» Selon lui, si l’EI est en train de disparaître, l’appel au djihad, lui, ne disparaîtra pas, car c’est un phénomène cyclique. «Des jeunes qui vont combattre à l’étranger, souligne-t-il, ce n’est pas nouveau.» Stéphane Leman-Langlois soutient que les causes de l’émergence du terrorisme sont encore là. «Les conditions pour une nouvelle organisation comme l’EI sont là, affirme-t-il. Le problème de la gouvernance en Irak et en Syrie n’est pas réglé. Le président syrien el-Assad est hautement controversé. La tension monte entre les chiites et les sunnites.» «Le terrorisme, explique-t-il, est une sorte d’idéalisme à la sauce religieuse, mais ce n’est pas seulement ça. On recrute pour des motifs religieux, de justice sociale, d’opposition à la dictature et d’anti-impérialisme américain.»

Plus d’information sur la Semaine de la recherche en sciences sociales


Conférences

Douze conférences seront présentées du 4 au 6 décembre au Musée de la civilisation. Les voici:

    • «L’islamophobie comme forme de radicalisation violente et épistémique» – Abdelwahed Mekki-Berrada (anthropologie)
    • «Les transformations socio-économiques dans le monde arabe après les révoltes de 2011 et leur impact sur l’extrémisme politique» – Francesco Cavatorta (science politique)
    • «L’extrême-droite au Québec. Réflexions sur un phénomène social et politique en croissance» – Aurélie Campana (science politique)
    • «Terrorisme, prévention et guerre sans fin» – Stéphane Leman-Langlois (service social)
    • «Sortir d’une expérience totalisante. Emprises et résistances dans les mondes marginalisés» – Fabrice Fernandez (sociologie)
    • «Le leadership des femmes inuit: défis individuels et collectifs» – Caroline Hervé (anthropologie) et Harriet Keleutak (Société Makivik)
    • «L’intégration et la gestion des diversités en milieu de travail: enjeux et défis» – Kamel Béji (relations industrielles)
    • «Difficultés d’insertion professionnelle des personnes avec des incapacités» – Charles Bellemare (économique)
    • «Séparation parentale, recomposition familiale: comprendre les impacts et les enjeux de la diversité familiale contemporaine» – Marie-Christine Saint-Jacques (service social) et Élisabeth Godbout (stagiaire postdoctorale)
    • «Mieux vivre avec nos enfants grâce aux pratiques parentales positives» – Marie-Hélène Gagné (psychologie)
    • «Interpréter n’est pas traduire. Les interprètes de service public comme agents d’intégration» – Yvan Leanza (psychologie)
    • «La médiation citoyenne comme mode de régulation des conflits au Québec: un état des lieux» – Catherine Rossi (service social) et Marie-Pascale Breton (étudiante)
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