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Volume 54, numéro 3 | 13 septembre 2018

Arts

Au-delà des décibels

Loin du pessimisme souvent associé au black metal, les groupes de métal noir québécois véhiculent des valeurs plus positives dans les textes de leurs chansons

Par Matthieu Dessureault

Ils se nomment Monarque, Forteresse, Chasse-Galerie, Cantique Lépreux, Brume d’automne, Neige et Noirceur, Sombres Forêts… De plus en plus, ces groupes remportent du succès dans les festivals et les salles de spectacles, et ce, un peu partout sur la planète. Sous-genre dérivé du black metal, le métal noir québécois a fait son apparition dans les années 1990 pour prendre son véritable envol vers 2003.

De ces groupes de musique se dégage un esprit de communauté très fort. «Il n’y a pas beaucoup de formations qui se réclament du métal noir québécois, mais leur force, c’est la collaboration. Elles s’influencent, s’entraident et participent aux projets des autres groupes. Ces collaborations leur donnent énormément de visibilité sur la scène internationale de black metal», remarque Méi-Ra St-Laurent, étudiante au doctorat en musique.

Enfant pauvre de la recherche en musicologie, le métal noir québécois est scruté à la loupe par cette chercheuse. Encadrée par les professeurs Serge Lacasse et Gérald Côté, l’étudiante tente de mieux comprendre ce qui fait la particularité du mouvement. Pour cela, elle a interviewé une vingtaine de personnes – musiciens, producteurs, promoteurs de spectacles et autres acteurs de l’industrie –, en plus d’utiliser une approche narratologique qui lui permet de faire des liens entre la musique et les textes des chansons. «Aucune recherche universitaire n’a été faite sur l’histoire du métal noir québécois. C’est pourquoi je dois rattacher tous les fils ensemble en parlant à des gens qui ont connu l’arrivée du mouvement et à ceux qui y ont apporté des contributions plus récentes», explique-t-elle.

Son constat est que derrière les voix criardes et la profusion de décibels propres à cette musique se cache un thème récurrent: la valorisation des ancêtres. Bien souvent, les paroles des chansons sont marquées par un désir de faire rayonner le legs de nos ancêtres. Cela se transmet également par la musique, avec l’utilisation de rythmes traditionnels revisités. On peut penser, par exemple, à la pièce Ancien folklore québécois dans laquelle le groupe Neige et Noirceur adapte un reel issu du 19e siècle, Trinquette l’amourette, ou encore à la chanson La mort d’un patriote de Brume d’Automne. À la musique s’ajoutent souvent des échantillons de sons qui viennent créer des ambiances narratives très fortes: crépitement de feu, sifflement du vent, pas dans la neige, etc.

Autre constat de Méi-Ra St-Laurent: les artistes du métal noir québécois sont très politisés. Dans plusieurs de leurs chansons, ils n’hésitent pas à aborder des enjeux de société et nourrissent l’espoir de voir leur province devenir souveraine. «La plupart de ces musiciens sont âgés d’une trentaine d’années; ils ont connu le deuxième référendum sur la souveraineté et ont grandi avec le discours sur l’indépendance. Bien que le nationalisme ait perdu de sa popularité ces dernières années, c’est encore très présent pour eux et ils ont envie de partager leurs opinions sur le sujet avec les autres fans de musique métal», souligne-t-elle.

Alors que le black metal est souvent associé à l’extrême droite, particulièrement en Europe, où certains groupes créent la controverse, la musique d’ici véhicule un tout autre point de vue. «Au Québec, on est complètement ailleurs. Le discours sur le nationalisme s’inscrit dans une idéologie politique de gauche. Les valeurs préconisées par le métal noir, soit l’espoir d’un Québec souverain, la valorisation des ancêtres et l’importance de la communauté, sont dissociées du pessimisme souvent véhiculé par le black metal», conclut la doctorante.

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Les fans de métal noir québécois connaissent bien Délétère. Originaire de Québec, ce groupe a lancé cet été son second album, De Horae Leprae.

Photo: Thomas Mazerolles

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