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Volume 51, numéro 12 | 26 novembre 2015

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Dernier repos

Des chercheurs ont étudié les restes de 204 personnes inhumées au cimetière protestant Saint-Matthew, à Québec, entre 1772 et 1848

Par Yvon Larose

Une cérémonie très particulière s’est déroulée le 6 novembre dernier au cimetière protestant Mount Hermon, dans l’arrondissement de Sainte-Foy–Sillery–Cap-Rouge, à Québec. Devant plusieurs dignitaires, les fossoyeurs ont procédé à la mise en terre d’environ 80 petits cercueils de bois contenant les restes de 204 personnes décédées durant la période comprise entre 1772 et 1848.

Ainsi prenait fin une saga commencée il y a environ 15 ans. À cette époque, des travaux de consolidation effectués par la Ville de Québec avaient mis au jour de nombreux squelettes près du mur sud ainsi que dans le cimetière de l’église Saint-Matthew. Cette ancienne église protestante transformée en bibliothèque est située sur la rue Saint-Jean, au centre-ville de la capitale. On estime que plus de 6 000 hommes, femmes et enfants, tous de confession anglicane ou presbytérienne, ont été inhumés à cet endroit durant la période comprise entre 1772 et 1848, année de fermeture du cimetière par crainte de propagation de maladies. Plusieurs défunts ont été inhumés dans l’anonymat. Ils étaient enveloppés puis posés l’un par-dessus l’autre, sans cercueils. Il y aurait eu ainsi six ou sept niveaux de corps probablement séparés par des planches de bois.

«À la suite des fouilles de sauvetage archéologique, le ministère de la Culture et des Communications voulait inhumer de nouveau les ossements découverts réunis dans plusieurs dizaines de boîtes, raconte Réginald Auger, archéologue et professeur au Département des sciences historiques. Mon collègue James Woollett et moi avons accepté de les entreposer dans nos laboratoires respectifs au pavillon Camille-Roy parce que nous voyions dans ces restes humains un important matériau de recherche en bioarchéologie. L’évêque anglican de Québec a donné son approbation à condition que les travaux de recherche soient terminés en 2015. Ce qui a été fait par la seconde inhumation des restes.»

Le vendredi 4 décembre, le Groupe de recherche en archéométrie de l’Université Laval présentera une journée d’étude sur l’ensemble des recherches bioarchéologiques menées depuis une dizaine d’années sur les restes humains provenant du cimetière Saint-Matthew. Cette journée s’adresse entre autres au grand public puisque les présentations seront vulgarisées. Des archéologues et des bioanthropologues aborderont plusieurs sujets, tels que la fouille archéologique, les rituels funéraires et l’anatomie comparative. Huit étudiantes et étudiants à la maîtrise ou au doctorat parleront de leurs travaux de recherche, notamment sous l’angle de la santé, de l’alimentation et de la mobilité.

Au total, une douzaine d’étudiants aux cycles supérieurs ou au postdoctorat de l’Université Laval, de l’Université de Montréal, de l’UQAM, de l’Université McMaster et de l’Institut national de recherche scientifique (INRS), ont réalisé ou réalisent des recherches sur les restes humains du cimetière Saint-Matthew. Quatre professeurs ont assuré ou assurent leur supervision. Ce sont Isabelle Ribot et Michelle Drapeau, de l’Université de Montréal, Megan Brickley, de l’Université McMaster et Réginald Auger.

Selon le professeur Auger, les résultats des différentes recherches confirment ce que les historiens avaient compris, à partir des sources historiques, sur la démographie de l’époque. Ils apportent également des découvertes novatrices sur l’état de santé des personnes inhumées au cimetière Saint-Matthew. Ces avancées ont été rendues possibles grâce à l’utilisation de la tomodensimétrie. L’INRS a mis cette technologie à la disposition du Groupe de recherche en archéométrie de l’Université Laval.

La plupart des individus inhumés au cimetière Saint-Matthew sont des immigrants britanniques de première génération. L’analyse des restes indique que nombre d’entre eux étaient atteints de maladies carentielles, comme le rachitisme, ou de maladies infectieuses. L’époque se caractérise également par une mortalité infantile élevée.

«Je viens d’évaluer le mémoire de maîtrise de Zocha Houle-Wierzbicki, que je codirige avec ma collègue de l’Université de Montréal, explique-t-il. Sa recherche portait sur 55 squelettes. Leur analyse par tomodensitométrie a révélé qu’environ 70% des gens avaient entre 18 et 35 ans. D’ailleurs, les clichés radiographiques tridimensionnels qui ont été pris des ossements constituent une base de données permanente pour de futures recherches.»

La journée d’étude consacrée à la recherche sur les restes humains du cimetière Saint-Matthew aura lieu le vendredi 4 décembre, entre 10h et 16h, à la salle 320 du Laboratoire d’archéologie de l’Université Laval. La salle est située au 3, rue de la Vieille-Université, dans le Vieux-Québec. L’entrée est libre.

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La plupart des individus inhumés au cimetière Saint-Matthew étaient des immigrants britanniques. Nombre d'entre eux étaient atteints de maladies carentielles ou infectieuses.

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