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Volume 53, numéro 5 | 28 septembre 2017

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Des avocates moins présentes

Une étude récente se penche sur les conditions de travail parfois contraignantes des avocates de pratique privée et sur des pistes de solution

Par Yvon Larose

La salle Power Corporation du Canada du pavillon La Laurentienne était bondée le vendredi 22 septembre, à l’ouverture d’un colloque organisé par la Faculté de droit sur le thème «La progression et la rétention des femmes dans la profession juridique». Selon la coorganisatrice, l’avocate et professeure à la Faculté de droit Anne-Marie Laflamme, le thème de la rencontre a su attirer beaucoup de monde par sa pertinence. «Le succès du colloque confirme que beaucoup de gens se posent des questions au sujet de la progression et de la rétention des avocates dans les cabinets privés, affirme-t-elle. Le pourcentage de ces professionnelles demeure faible, à 32%, alors que le pourcentage de diplômées de l’École du Barreau n’a cessé d’augmenter. Il atteint 65%.»

Anne-Marie Laflamme, la professeure Sophie Brière, du Département de management, et l’avocat et doctorant en droit Antoine Pellerin ont présenté ensemble les résultats d’une étude récente qu’ils ont menée sur les avocates dans les cabinets privés. Cette étude s’inscrit dans une recherche plus vaste, dirigée par la professeure Brière et menée à l’Université par une équipe de professeurs rattachés à diverses facultés, sur les femmes dans des métiers et professions traditionnellement réservés aux hommes. Du côté du droit, les chercheurs ont fait une revue de littérature, organisé des groupes nominaux (focus groups) et effectué des entrevues individuelles (14). Quelque 70 avocates, à l’emploi de petits, moyens ou grands cabinets, se sont prêtées à l’exercice. Gestionnaires, salariées ou associées, les participantes travaillent à Montréal, à Québec ou dans les régions.

«Quand on parle de la place des femmes dans les métiers et professions traditionnellement masculins, les gens pensent que les inégalités sont pas mal tout aplanies, explique la professeure Anne-Marie Laflamme. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Dans la profession juridique, les femmes font encore face à de nombreux défis.»

Les statistiques du Barreau du Québec publiées en 2015 indiquent que les femmes constituent la moitié du membership de cet organisme. Cependant, moins de 30% des avocates de pratique privée ont le statut d’associées. En 2015, le taux horaire médian des femmes avocates de pratique privée était de 50$ inférieur à celui de leurs confrères.

Une série d’obstacles parsèment la carrière d’une avocate de pratique privée. Le tout premier est la culture organisationnelle pensée pour les hommes et caractérisée, entre autres, par le rythme de travail effréné et le manque de modèles féminins. Selon la chercheuse, cette culture ne favorise ni les horaires flexibles, ni la conciliation travail – famille – vie personnelle.

Parmi les enjeux et défis qui attendent l’avocate dans un cabinet privé, mentionnons tout d’abord la gestion du retour au travail après un congé de maternité. Vient ensuite la pression de la performance.

«Les femmes présentent des enjeux particuliers, souligne Anne-Marie Laflamme. On leur prête beaucoup d’intentions. On a la perception que la femme sera moins dévouée à la profession une fois qu’elle aura eu un enfant.» Quant au départ et au retour d’un congé de maternité, leur gestion s’avère souvent déficiente. «Pour beaucoup d’avocates interviewées, le retour a été traumatisant, indique-t-elle. Elles ont dû repartir de zéro. Leurs dossiers avaient été distribués à d’autres avocats. Pourtant, il est possible de favoriser un départ en douceur et un retour en douceur.»

Plusieurs des avocates interviewées ont fourni des pistes de solution. Elles ont notamment suggéré de favoriser le travail d’équipe, le travail à distance et les horaires flexibles. Revoir le partage des tâches et instaurer une forme de mentorat ont aussi été proposés. «Chaque dossier a tendance à être associé à un avocat, pas à une équipe, explique Anne-Marie Laflamme. Mais cela dépend de comment on présente les choses. Dans un dossier géré par une équipe, le client sera assuré d’obtenir une réponse immédiate si l’avocat responsable du dossier est absent.»

Dans leur étude, Sophie Brière, Anne-Marie Laflamme et Antoine Pellerin ont découvert que les avocates de pratique privée ne se plaignent pas de leurs conditions de travail, parlent peu de ces enjeux et revendiquent peu. Elles semblent penser que l’organisation du travail, dans un cabinet, ne peut évoluer. Cela dit, les choses changent. Par exemple, le congé de maternité n’est plus perçu négativement comme autrefois dans les cabinets privés.

avocate

En pratique privée, le pourcentage des femmes juristes n'est que de 32%.

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