Les drones pourraient donner un coup de pouce aux chercheurs qui étudient des espèces fauniques vivant dans des habitats difficiles d’accès ou dangereux, mais il faudra attendre encore avant de leur confier certaines missions qui requièrent une grande précision. Voilà le constat qui se dégage d’une étude publiée dans la revue Drones par une équipe dirigée par André Desrochers, du Département des sciences du bois et de la forêt et du Centre d’étude de la forêt. Les chercheurs arrivent à cette conclusion après avoir testé la précision de relevés télémétriques effectués à partir d’un drone.

Le professeur Desrochers a eu l’idée de faire appel à des drones pour faciliter ses travaux de recherches sur la grive de Bicknell. Cet oiseau, qui a le statut d’espèce vulnérable au Québec, fréquente de jeunes forêts très denses où il est difficile de circuler à pied ou encore de vieilles forêts situées au sommet de montagnes ou sur des crêtes battues par les vents. «Trouver les nids de cet oiseau est un exercice pénible qui peut même être dangereux», résume le chercheur.

En général, il est possible de déduire l’emplacement des nids d’une espèce en faisant, à partir du sol, un suivi télémétrique des déplacements d’oiseaux équipés d’émetteurs VHF. Cette approche n’est pas adaptée au cas de la grive de Bicknell en raison du caractère inaccessible des habitats qu’elle fréquente. C’est ce qui a conduit le professeur Desrochers à envisager l’installation d’un récepteur VHF sur un drone. «Il fallait toutefois savoir si les relevés ainsi obtenus étaient suffisamment précis», souligne-t-il.

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont placé cinq émetteurs VHF à 1,5 mètre du sol dans un secteur de la Forêt Montmorency, la forêt-école de l’Université Laval située dans la réserve faunique des Laurentides. La position exacte de chaque émetteur a été déterminée à l’aide d’un GPS. Un drone équipé d’un récepteur VHF a ensuite effectué sept vols de repérage dans le secteur.

Les 669 lectures ainsi obtenues montrent que cette méthode permet de repérer les émetteurs à des distances allant jusqu’à quelques centaines de mètres. Par contre, la précision des relevés laisse à désirer; l’écart moyen entre la position réelle et la position estimée des récepteurs était de 134 mètres ou de 70 mètres, selon la méthode de localisation utilisée.

«C’est insuffisant pour nous aider à repérer des nids de grive de Bicknell, conclut André Desrochers. Par contre, ce niveau de précision nous permettrait d’étudier des sujets comme l’utilisation d’habitats par cette espèce. On pourrait aussi y faire appel pour localiser des nids de buses, de grands-ducs ou d’autres oiseaux de proie, qui sont plus volumineux et plus faciles à trouver sur le terrain.»

Malgré l’avancée du GPS, les émetteurs VHF n’ont pas dit leur dernier mot dans l’étude de la faune, estime le chercheur. «La technologie GPS a révolutionné la façon de localiser les animaux, mais parce qu’elle est énergivore, elle requiert des batteries relativement lourdes. Pour les oiseaux chanteurs, les amphibiens ou les petits mammifères, les émetteurs VHF sont encore préférables en raison de leur poids réduit. Lorsque ces espèces se retrouvent dans des zones difficiles d’accès, le recours à des drones équipés de récepteurs VHF peut constituer une approche efficace, économique et sécuritaire de recueillir des données.»

Les autres auteurs de l’étude parue dans Drones sont Junior A. Tremblay et Yves Aubry, d’Environnement et Changement climatique Canada, Dominique Chabot, de la firme droneMetrics, Paul Pace, de Recherche et développement pour la défense Canada, et David Bird, de l’Université McGill.

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La taille réduite des émetteurs VHF en fait une technologie bien adaptée à l'étude de petits animaux comme cette grive de Bicknell.

Photo : André Desrochers