La recherche fondamentale avance à un train d’enfer dans le domaine des marqueurs génétiques, mais il y a un sérieux embouteillage entre les laboratoires de recherche et les milieux cliniques où on utilise ces tests. C’est la conclusion qui s’impose à la lumière d’une étude réalisée par une équipe de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval. Les travaux de ces chercheurs, qui viennent d’être publiés dans la revue Clinical Chemistry and Laboratory Medicine, révèlent que le délai moyen entre la découverte d’un marqueur génétique et son approbation par les agences de réglementation est de 17 ans.

François Rousseau, Carmen Lindsay, Yves Labelle et Yves Giguère arrivent à ce constat après avoir étudié 29 marqueurs qui ont été découverts depuis 1978 et qui sont présentement utilisés en milieu clinique. Pour ce faire, ils ont retracé, pour chacun des marqueurs, 11 événements clés auxquels ils ont pu accoler une date. «Il s’agit, par exemple, de la publication de la découverte de ce marqueur dans une revue scientifique, de la demande de brevet, de la publication des lignes directrices d’utilisation du marqueur, de sa première utilisation clinique ou encore de l’approbation par les autorités réglementaires des États-Unis ou de l’Union européenne. En procédant ainsi, nous avons pu reconstituer la trajectoire de chacun de ces marqueurs», précise François Rousseau.

Les analyses des chercheurs montrent que le délai entre la découverte d’un marqueur et son utilisation clinique va de 1 à 24 ans, pour une moyenne de 10 ans. Quant au délai entre la découverte du marqueur et l’approbation d’une trousse commerciale de ce marqueur par autorités réglementaires (FDA ou CE), il va de 7 à 38 ans, pour une moyenne de 17 ans.

«C’est très variable et souvent très long», résume le professeur Rousseau. Trop long? «Il faut comprendre qu’il y a beaucoup d’étapes à franchir pour s’assurer de la fiabilité, de l’efficacité et de la rentabilité d’un nouveau marqueur, ce qui nécessite de nombreuses années. Cela dit, il y aurait sûrement moyen de raccourcir les délais.»

Pour ce faire, il faudrait investir davantage dans les étapes qui font le pont entre la recherche fondamentale et la mise en marché des tests, croit François Rousseau. «Lorsque des chercheurs découvrent un nouveau marqueur génétique, ils publient leurs travaux dans des revues scientifiques prestigieuses et ils font la une des médias. Les travaux qui servent à valider ce genre de découverte, à préciser les modalités d’utilisation du marqueur ou à faire des méta-analyses sont moins glamour pour les chercheurs. De plus, les organismes subventionnaires y consacrent peu de fonds.»

En milieu clinique, on estime que 70% des décisions médicales reposent sur les résultats de tests de laboratoire. Le chemin de croix imposé aux nouveaux marqueurs nuit-il aux soins offerts aux patients? «Pas forcément, parce qu’il est essentiel de s’assurer que les informations produites par ces marqueurs sont fiables avant d’y avoir recours, répond le professeur Rousseau. Il faut prendre les mêmes précautions qu’avec des médicaments et cela exige du temps.»