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Volume 52, numéro 29 | 15 juin 2017

À la une

Des parcours admirables

À l'occasion de la collation des grades, l'Université décerne un doctorat honoris causa à 8 personnalités dont le rayonnement a été jugé remarquable et exemplaire

Par Yvon Larose

La collation des grades 2017 bat son plein. Les premières cérémonies ont eu lieu les 10 et 11 juin à l’amphithéâtre-gymnase Desjardins – Université Laval. Les autres se tiendront les 17 et 18 juin au même endroit. Cette année, un doctorat honorifique est remis à 8 personnalités provenant tant du monde universitaire que de la société civile. Le doctorat honoris causa est la plus haute distinction décernée par l’Université Laval. Cette marque de reconnaissance exceptionnelle est octroyée à des personnes dont le rayonnement est jugé remarquable et exemplaire. Les récipiendaires de cette année se distinguent dans des domaines très variés qui vont de la médecine à la musique, en passant par le droit et les sciences infirmières, les sciences de la consommation, les politiques de l’éducation et les relations industrielles. Un doctorat d’université est également remis. Les personnalités honorées ont pour noms Alain Bouchard, Shoo Kim Lee, Alain Lemaire, Michael Joseph Piore, Carolyn Muriel Shields, l’honorable Rosalie Silberman Abella, Tanya Tagaq Gillis et Sally Elizabeth Thorne.

Alain Bouchard – docteur honoris causa en sciences de la consommation

Dans le monde entrepreneurial québécois, le nom d’Alain Bouchard brille d’un éclat remarquable. En 1968, à l’âge de 19 ans, il obtient le poste de gérant intérimaire dans un dépanneur Perrette. En 1976, il est responsable du réseau des franchises Provi-Soir. Et en 1980, à Laval, il ouvre son tout premier dépanneur. L’empire commercial connu sous le nom d’Alimentation Couche-Tard, qui compte aujourd’hui plus de 12 500 magasins dans 24 pays et où travaillent plus de 115 000 personnes, venait de naître. Leader visionnaire, gestionnaire audacieux, travailleur acharné, Alain Bouchard, maintenant président exécutif du conseil de son entreprise, est également un philanthrope engagé. «J’ai ressenti un sentiment de fierté à l’idée de recevoir un doctorat honorifique de l’Université Laval, dit-il. Bien que cette reconnaissance soit personnelle, je désire la partager, entre autres avec ma famille qui m’a soutenu durant toutes ces années. Je souhaite humblement que mon expérience convaincra plusieurs jeunes de devenir entrepreneurs. La vie d’un entrepreneur est la plus passionnante dont vous pouvez rêver… Vous réinventez votre vie tous les jours!»

Shoo Kim Lee – docteur honoris causa en médecine

Shoo Kim Lee est professeur de pédiatrie, d’obstétrique, de gynécologie et de santé à l’Université de Toronto. S’il a choisi la médecine, c’est parce qu’elle lui permettait de faire avancer la connaissance scientifique au plus haut niveau, tout en ayant la possibilité d’en faire profiter l’humanité. Durant sa carrière, il a apporté une contribution exceptionnelle à l’amélioration des soins de santé aux nouveau-nés et aux femmes enceintes. Il a notamment créé le Réseau néonatal canadien réunissant 30 unités néonatales de soins intensifs tertiaires et 17 universités. Le module de formation sur les soins intégrés familiaux, qu’il a créé et implanté, représente l’accomplissement dont il est le plus fier. «Les parents sont acceptés comme partie intégrante de l’équipe soignante dans une unité de soins intensifs néonataux, explique Shoo Kim Lee. Résultat: les bébés se développent mieux et ont moins de complications, tandis que les parents sont davantage satisfaits et moins anxieux.» Aux diplômés de médecine, le récipiendaire a recommandé notamment de rester humbles, de croire en eux, de viser haut, de ne pas craindre le changement et de rendre le monde meilleur.

Alain Lemaire – docteur honoris causa d’université

Au Québec, le nom des Lemaire est intimement lié à la papetière multinationale Cascades depuis les années 1960. Lancée en 1964 par Bernard et Laurent Lemaire, l’entreprise se trouve renforcée trois années plus tard par l’arrivée de leur frère Alain. «Nous étions tous les trois différents, mais nous nous complétions à merveille, raconte ce dernier. Bernard était l’homme d’idées et de projets, Laurent apportait la rigueur financière et la bonne gestion, alors que moi, je me passionnais pour les opérations et la gestion humaine.» Cascades est reconnue pour ses pratiques d’affaires responsables et pour ses produits novateurs et respectueux de l’environnement. Alain Lemaire tire beaucoup de fierté de la réputation de Cascades comme bonne citoyenne en matière de développement durable. Un autre motif de fierté est l’ensemble des emplois, 11 000 en Amérique du Nord et en Europe, créés par l’entreprise. «Quand Cascades aide une communauté à prospérer, souligne-t-il, je me dis que nous avons fait une différence.» Le récipiendaire a occupé la présidence et la direction de l’entreprise familiale de 2003 à 2013. Il est maintenant président exécutif du conseil d’administration.

Michael Joseph Piore – docteur honoris causa en relations industrielles

Michael Joseph Piore enseigne l’économie du travail au prestigieux Massachusetts Institute of Technology. Ce chercheur renommé est associé à la création de nouveaux concepts en économie du travail. Parmi eux, la segmentation du marché du travail et la socioéconomie du travail. Dans ses travaux, le récipiendaire cherche à établir des liens entre les transformations sociales et les comportements économiques, dans une perspective progressiste qui favorise l’innovation sociale. «Dans les années qui ont suivi la fin de mes études en économie, dit-il, les problèmes centraux de la société américaine portaient sur la répartition du revenu et sur les problèmes de statut et d’identité sociale. Mes recherches ont pris cette voie et je me suis graduellement appuyé sur les relations industrielles, lesquelles ont une tradition de tempérer l’économie par des perspectives empruntées à d’autres disciplines.» Selon Michael Joseph Piore, le Québec représente le carrefour de traditions intellectuelles qui ont influencé son travail: l’esprit du Nouveau Monde et la pensée économique et sociologique française.

Carolyn Muriel Shields – docteure honoris causa en administration et politiques de l’éducation

«L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde.» Cette phrase célèbre de Nelson Mandela teintera le discours d’acceptation que Carolyn Muriel Shields, professeure en administration et leadership éducationnel à la Wayne State University, à Detroit, prononcera ce samedi, devant les diplômés en sciences de l’éducation, après avoir reçu son doctorat honorifique. «Je mettrai l’accent, explique-t-elle, sur l’importance d’adopter une approche transformative. Cette approche est basée sur une éducation inclusive, équitable, socialement juste et excellente pour tous les enfants, sans égard à leur race, à leur religion, à leur orientation sexuelle ou à leur condition sociale. C’est là le message de base de toutes mes recherches et de mon enseignement.» Auteure prolifique, militante engagée, Carolyn Muriel Shields a participé à la mise sur pied de politiques et de programmes éducatifs au Canada, aux États-Unis, en Chine et en Nouvelle-Zélande. «Je ne suis pas sûre d’avoir choisi l’éducation, souligne-t-elle. Je pense qu’il serait plus précis de dire que l’éducation m’a choisie. Ma passion s’est approfondie lorsque j’ai commencé à enseigner au niveau universitaire.»

L’honorable Rosalie Silberman Abella – docteure honoris causa en droit

«J’ai été profondément émue.» C’est ainsi qu’a réagi la juge à la Cour suprême du Canada, l’honorable Rosalie Silberman Abella, lorsqu’elle a appris que l’Université Laval lui décernait un doctorat honorifique. «La ville de Québec a toujours occupé une place spéciale dans mon coeur, poursuit-elle. Et l’Université Laval a formé quelques-uns des meilleurs juristes au Canada, comme Claire L’Heureux-Dubé, Louis Lebel et Louise Poudrier. C’est un privilège d’obtenir un diplôme, même honorifique, de la même école de droit qu’eux.» La récipiendaire a démarré sa carrière en trombe. Dès l’âge de 29 ans, elle a accédé à la fonction de juge. Les travaux de recherche et l’action de cette humaniste ont contribué au développement d’un droit soucieux de l’égalité entre les personnes. Rosalie Silberman Abella n’a que 4 ans lorsqu’elle décide de devenir avocate. «Je n’avais aucune idée de ce qu’être avocate voulait dire, raconte-t-elle. Mais je trouvais tellement injuste le fait que mon père, un survivant des camps nazis, ne puisse exercer sa profession d’avocat au Canada avant 5 ans, soit avant d’avoir obtenu sa citoyenneté canadienne. Son diplôme de maîtrise en droit est accroché au mur de mon bureau.»

Tanya Tagaq Gillis – docteure honoris causa en musique

Artiste multidisciplinaire, Tanya Tagaq Gillis est surtout connue comme improvisatrice contemporaine du chant de gorge inuit. Durant ses études universitaires en Nouvelle-Écosse, elle se met à étudier le chant guttural inuit à partir de cassettes audio que sa mère lui fait parvenir du Nunavut. Elle commence à pratiquer seule les chansons traditionnelles, puis à improviser sur des scènes locales. En 2001, elle rencontre la chanteuse Björk, qui l’invite à participer à sa tournée, puis à collaborer à un album. «J’ai décidé de devenir chanteuse après la tournée avec Björk, dit-elle, parce que j’étais devenue accro à la scène.» Tanya Tagaq Gillis est aujourd’hui reconnue dans le monde de la musique expérimentale. Son style est centré sur une conception organique, instinctive, imaginative et symbolique du chant de gorge inuit. Respectueuse de ses racines et résolument tournée vers l’avenir, la récipiendaire entretiendra les diplômés, samedi, sur la valeur de la ténacité et sur l’importance de l’authenticité. Son doctorat, elle le voit comme «très gratifiant parce qu’il est un symbole d’une dévotion à la musique».

Sally Elizabeth Thorne – docteure honoris causa en sciences infirmières

Sally Elizabeth Thorne est tombée presque par accident sur la profession qui allait devenir la passion de sa vie. «J’avais été refusée dans le programme de journalisme et l’école de nursing m’apparaissait comme une option pratique, raconte-t-elle. Une fois en nursing, il est devenu clair que j’avais trouvé ma place. J’ai aimé le défi, la complexité et l’aspect humain, et j’ai aimé que, telle une petite personne dans l’univers, je pouvais faire une différence dans la vie des gens dans le besoin.» Le monde des sciences infirmières doit une fière chandelle à cette professeure à l’École de nursing de l’Université de Colombie-Britannique. Sally Elizabeth Thorne s’est particulièrement intéressée à la maladie du point de vue du patient, et plus spécifiquement à la façon dont il la comprend, afin de lui offrir les meilleurs soins possibles. La méthode de recherche qu’elle a développée, la description interprétative, fait autorité dans le milieu de la recherche. Professeure en demande, elle a enseigné dans plus de 15 pays. «Dans mon engagement, indique-t-elle, je me suis fait la championne d’une société de compassion et d’équité où tous sont encouragés à rechercher une vie qui ait du sens.»

photo-generale-collation-grades-Sc-Genie-8514-credit-Marc-Robitaille

Photo: Marc Robitaille

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